[Mise à jour du jour bonjour #26]
On attendait une révolution. On a eu une addition.
Valve vient d’annoncer les prix de sa Steam Machine, et depuis lundi 22 juin, les commentaires s’enchaînent sur tous les forums gaming du monde avec une régularité de métronome. La machine sort le 29 juin. Elle coûte 1039 € dans sa version de base — sans manette. Jusqu’à 1428 € avec le stockage 2 To et le Steam Controller. Et ses performances sont, dans certains jeux, inférieures à celles d’une PS5 de base qui coûte 649 €.
Prenons une grande inspiration, et parlons-en sérieusement.

Le rêve et la réalité
Novembre 2025. Valve annonce la Steam Machine. Un PC de salon compact, sous SteamOS, accès à 50 000 jeux, pas d’abonnement obligatoire. Le tout dans un cube de 15 centimètres de côté — pensez à une GameCube, vous n’êtes pas loin. La promesse était belle, l’excitation réelle, et un prix autour de 750-800 € semblait atteignable.
Six mois plus tard, la réalité est moins romantique. La crise mondiale des puces mémoire — la même qui fait grimper le prix de votre prochain iPhone, comme on vous l’expliquait mardi — a tout fait exploser. Les prix DRAM ont bondi de 60 à 80 % en un an. Valve l’admet ouvertement dans un billet officiel : les coûts de fabrication ont rendu l’objectif initial totalement intenable.
Résultat : quatre versions, quatre prix, aucune bonne nouvelle.
La Steam Machine 512 Go, sans manette : 1039 €. La même avec le Steam Controller : 1108 €. En version 2 To sans manette : 1359 €. La version complète 2 To avec manette : 1428 €. Et pour être sûr de ne pas se retrouver face à des revendeurs professionnels, Valve impose un tirage au sort pour les réservations — uniquement pour les comptes Steam ayant effectué un achat avant le 27 avril 2026.
Pour le prix de la version complète, vous rentrez chez vous avec une PS5 Pro et une Xbox Series S, et il vous reste de la monnaie. Quant aux specs, elles ne compensent pas l’addition. La communauté internationale comprend le contexte économique. Elle n’en est pas moins amère face au résultat.

Le problème de performances qu’on ne peut pas ignorer
On aurait pu accepter le prix si la machine était une bête. Elle ne l’est pas.
Sous le capot : un processeur AMD Zen 4 semi-custom à 6 cœurs, un GPU RDNA 3 à 28 unités de calcul, 16 Go de DDR5 côté système et 8 Go de GDDR6 pour la partie graphique. Sur le papier, c’est honnête. Dans les benchmarks, c’est une autre histoire.
Les embargos tests ont été levés le 22 juin. Le résultat est difficile à défendre. Cyberpunk 2077 à 4K : 28 images par seconde. Black Myth Wukong : 20 FPS en moyenne. Des chiffres qui font mal quand on regarde l’étiquette prix. La Switch 2, cette petite console portable de Nintendo, tourne à 40 FPS sur Cyberpunk. Dans God of War Ragnarok, les mesures de Linus Tech Tips donnent 60 à 63 FPS à 4K en réglages medium avec l’upscaling FSR activé — contre 75 à 78 FPS sur une PS5 de base, sans upscaling.
Dans plusieurs titres, la PS5 classique à 649 € affiche des résultats supérieurs à la Steam Machine à 1039 €. C’est le genre de phrase qu’on n’aurait pas imaginé écrire il y a six mois.
La PS5 Pro embarque plus du double des unités de calcul graphique. Et elle coûte 150 € de moins que le modèle d’entrée de gamme de la Steam Machine. Prenez un moment pour laisser ça infuser.
Valve a annoncé du 4K/60. C’est vrai — mais uniquement via l’upscaling FSR, pas en natif. C’est une précision qui compte.

uniquement via l’upscaling FSR, pas en natif. C’est une précision qui compte.
Alors, pourquoi ça coûte si cher ?
C’est la question légitime, et Valve y répond avec une honnêteté qu’on peut saluer même si on n’aime pas la réponse.
La crise mémoire est réelle, documentée, et elle touche tout le monde — Apple, Dell, Nintendo, comme on l’a vu cette semaine. Valve a commencé ses approvisionnements pour la Steam Machine en 2023, avec des projections de coûts qui anticipaient une baisse progressive des composants. Cette baisse n’a jamais eu lieu. L’explosion de la demande en puces HBM pour les data centers IA a absorbé toute la capacité de production disponible et fait monter les prix du reste.
Par ailleurs — et c’est un argument que les défenseurs de la machine avancent avec raison — assembler soi-même un PC aux specs équivalentes revient aujourd’hui à peu près au même prix, voire plus cher si on ajoute Windows. La crise mémoire a effacé l’avantage traditionnel du PC custom. C’est le marché qui est fou, pas uniquement Valve.
Mais le marché, lui, est scandaleusement cher.

Ce qu’elle a quand même pour elle
Soyons équitables. La Steam Machine a des atouts réels, et les ignorer serait malhonnête.
Physiquement, la machine est une réussite. Un cube de 15 centimètres, 2,6 kg, qui disparaît dans n’importe quel salon. La façade s’enlève et se personnalise. Valve ouvre les fichiers de conception pour les makers. C’est l’esprit PC des années 90 transposé dans le meuble TV de 2026.
Le catalogue ensuite. 50 000 jeux Steam, dont plus de 85 % compatibles via Proton — la couche de traduction qui fait tourner les jeux Windows sur Linux. Pas d’abonnement obligatoire. Vous payez vos jeux une fois et ils vous appartiennent. Contrairement à une PS5 qui vous demandera un PS Plus pour jouer en ligne, et à une Xbox dont le Game Pass a récemment augmenté de 50 % avant de reculer face à la grogne.
La liberté enfin. En un clic, la Steam Machine bascule en mode bureau Linux complet. Vous pouvez installer un navigateur, un logiciel de montage, un émulateur. C’est un vrai PC dans un boîtier de console. Le SSD est remplaçable par l’utilisateur. Une console Sony ou Microsoft, vous ne l’ouvrez pas.
Pour qui, vraiment ?
C’est la question centrale, et personne n’y répond vraiment bien.
La communauté tourne en rond autour de la même question depuis des semaines : à qui s’adresse vraiment cette machine ? Les joueurs console n’ont pas de raison de migrer sans exclusivités. Les joueurs PC confirmés n’ont pas de raison de remplacer leur config. Il reste un entre-deux — et on ne sait pas s’il est assez large pour faire vivre un produit à ce prix.
Reste une troisième catégorie : les joueurs qui ont accumulé des centaines de jeux sur Steam au fil des années, qui veulent les jouer sur leur grand écran télé depuis leur canapé, sans brancher un PC tour, sans clavier, sans souris. Pour eux, l’équation est différente. Pour eux, la Steam Machine a du sens.
Le problème, c’est qu’on ne sait pas combien ils sont. Et Valve non plus.

Le spectre de 2015
On ne peut pas parler de la Steam Machine de 2026 sans parler de celles de 2015.
Il y a onze ans, Valve lançait ses premières machines de salon sous SteamOS. Une dizaine de modèles différents, fabriqués par Alienware, Zotac, Gigabyte. Des configurations disparates, un système immature, un catalogue Linux de moins de 2000 titres. L’échec fut discret mais total. Valve a retiré les machines de la vente en 2018 sans même prendre la peine d’annoncer officiellement l’abandon du projet.
Cette fois, le contexte est différent. SteamOS est prouvé par quatre ans de Steam Deck et des millions d’unités vendues. Proton est mature. Le catalogue est immense. Et c’est une machine Valve, pas un assemblage de marques tierces.
Mais la question du prix reste entière. Et quand on voit les benchmarks du 22 juin, on se demande si l’histoire ne va pas bégayer.
Mon verdict
Suicide commercial ? Pas nécessairement. Mais lancement raté ? Presque certainement.
À 750-800 €, la Steam Machine aurait été un choc sur le marché. Elle aurait offert une vraie alternative aux consoles, une porte d’entrée crédible vers le PC gaming pour les joueurs de canapé, et un argument massue pour la communauté Steam. À 1039 € minimum, avec des performances inférieures à une PS5 de base sur certains titres, elle devient un produit de niche pour passionnés qui savent exactement ce qu’ils achètent.
Ce n’est pas un mauvais produit. C’est un bon produit sorti au mauvais moment, au mauvais prix, dans un marché où l’IA a tout déréglé bien au-delà du gaming.
Valve n’a pas voulu faire un mauvais appareil. Valve a voulu faire une révolution, et la réalité économique de 2026 lui a renvoyé une facture qu’elle n’avait pas anticipée.
Est-ce qu’on en achèterait une ? Honnêtement — avec 500 jeux Steam accumulés depuis vingt ans et l’envie de les voir enfin sur notre télé depuis le canapé — oui, on y penserait sérieusement. Pas à 1428 €.
SOURCES : Hardware & Co (FR, 22 juin 2026) — JournalDuGeek (FR, 22 juin 2026) — Cowcotland (FR, 22 juin 2026) — Gamekyo (FR, 23 juin 2026) — Retrogems.fr (FR) — 4WeAreGamers (FR) — ConnecteSport (FR) — Techbox.fr (FR) — PCGamesN (UK) — Notebookcheck (DE/US, 22 juin 2026) — Tech4Gamers (US, 22 juin 2026) — TheGamer (US, 22 juin 2026) — Kotaku (US, 22 juin 2026) — Sportskeeda (US) — Vice / Waypoint (US) — Linus Tech Tips (benchmarks God of War Ragnarok) — Gamers Nexus (benchmarks GPU performance level)

Level 50, la mise à jour pour rester connecté.
