Le boycott PSBlackout, un flop confirmé par les chiffres — et l’ironie de la semaine où GTA VI a dopé les ventes PS5

[Mise à jour #111]

Le 14 septembre, Mat Piscatella, analyste chez le cabinet d’études Circana, a mis fin au suspense sur Bluesky, avec une franchise qui ne laisse guère de place au doute : « Non. Nous n’avons constaté aucun changement significatif du nombre de joueurs ni de leur engagement dans notre suivi. » Le mouvement #PSBlackout, qui devait faire plier Sony fin août, n’a laissé strictement aucune trace mesurable dans les données.

Rappel du mouvement, et ce qu’il visait

Le principe, déjà évoqué ici au moment des faits, restait simple : du 23 au 30 août, l’organisation de préservation vidéoludique Does It Play appelait les joueurs à couper leur console une semaine entière, en se tenant à l’écart du réseau PlayStation et en gelant toute dépense sur la boutique en ligne de Sony. Cette mobilisation répondait directement à l’annonce faite par Sony le 1er juillet : l’arrêt de la production de disques pour les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. La pétition « Don’t Kill the Disc », qui accompagnait le mouvement, avait rassemblé près de 400 000 signatures.

Le verdict chiffré, et ses limites

Le constat de Circana reste net, mais mérite d’être nuancé sur un point méthodologique important : l’institut concentre son suivi sur le territoire américain, ce qui laisse dans l’ombre l’ampleur réelle qu’a pu prendre le mouvement dans le reste du monde. Autre indice tout aussi révélateur que les chiffres eux-mêmes : le silence de Sony. Ni le nombre de connexions au PlayStation Network, ni les revenus tirés du Store durant cette semaine précise, ni un quelconque taux de désabonnement n’ont filtré, que ce soit par un communiqué officiel de l’entreprise ou par le travail d’observateurs indépendants du secteur. Sony n’a d’ailleurs formulé, à ce jour, aucune prise de parole publique sur le sujet, ni pour minimiser l’épisode, ni même pour simplement en accuser réception.

L’ironie de la même semaine : GTA VI a dopé les ventes PS5 pendant le boycott

Le détail le plus savoureux de cette affaire tient dans un pur hasard de calendrier. Le 27 août, en plein cœur de la semaine de boycott, Netflix diffusait son « Large Aperçu » de GTA VI — l’événement qu’on avait déjà analysé ici comme un pari bien plus risqué pour Netflix que pour Take-Two. La demande générée par cette diffusion s’est immédiatement traduite dans les chiffres de vente de matériel PlayStation aux États-Unis, jusqu’à vider les stocks du modèle le plus onéreux de la gamme, la PS5 Pro. Autrement dit, pendant que certains joueurs éteignaient symboliquement leur console pour punir Sony, d’autres se précipitaient pour en acheter une.

Pourquoi ça a raté, et ce que ça dit des boycotts gaming en général

Plusieurs explications se dégagent pour comprendre cet échec. D’abord, un problème de calendrier : la Gamescom 2026 s’est tenue précisément pendant la semaine de boycott, avec un public tout juste rentré de vacances et davantage tenté de suivre les annonces du salon que de rester volontairement à l’écart de sa console. Ensuite, un constat plus structurel : dans le jeu vidéo, ce type de mobilisation aboutit très rarement à une baisse de revenus réellement perceptible pour l’éditeur visé — ce cas ne fait donc pas figure d’exception isolée. Enfin, il faut rappeler que la mesure contestée reste, sur le papier, assez circonscrite : elle ne touche que les nouveautés lancées après janvier 2028, laissant intacts aussi bien le catalogue physique déjà disponible que les sorties encore prévues en boîte avant cette échéance. De son côté, Does It Play affirme malgré tout avoir atteint le seuil minimal qu’elle s’était fixé en interne pour considérer l’opération comme réussie, et prévoit d’organiser d’autres actions de ce type à l’avenir.

Ce qu’il faut retenir

L’échec mesurable de ce boycott ne rend pas pour autant illégitime la frustration qui l’a motivé : la disparition programmée des disques reste un vrai sujet, largement partagé par une partie de la communauté. Mais l’épisode confirme une réalité structurelle propre à l’époque du numérique : éteindre sa console pendant une semaine coûte, en pratique, bien plus d’inconfort au joueur qui s’y plie qu’il ne coûte de revenu mesurable à l’entreprise visée, surtout quand les habitudes numériques sont déjà solidement ancrées chez l’immense majorité des utilisateurs.

Le silence total de Sony sur toute cette séquence en dit d’ailleurs plus long que n’importe quelle donnée chiffrée : quand une mobilisation inquiète vraiment une entreprise de cette taille, elle finit presque toujours par provoquer une réaction publique, ne serait-ce que pour rassurer les investisseurs. Ici, rien. Et pendant ce temps-là, la sortie la plus attendue de la décennie continuait, elle, à faire vendre des consoles.

Sources : Journal du Geek, « Le boycott de PlayStation à la fin du mois d’août fut un énorme flop » — THM Magazine, « PlayStation Blackout : le boycott des joueurs a-t-il vraiment fait trembler Sony ? » — Tech Insider, « PS6 Release Date Unset as PlayStation Blackout Ends [2026] » — Gamewave, « Le boycott lancé par les joueurs contre PlayStation se solde par un échec » — Univers Simu, « PSBlackOut : le boycott PlayStation a-t-il vraiment été suivi ? » — Achievement Industry, « Boycott PlayStation: le PSBlackout sans effet mesurable » — JustJeuxVideo, « Le boycott de la PS5 lancé contre Sony n’a rien changé, les joueurs ont continué à jouer » — Buzzarena, « Fin des disques PlayStation : le boycott censé punir Sony tourne au fiasco, la sauce ne prend pas » — Mat Piscatella (@matpiscatella.bsky.social), publication Bluesky du 14 septembre 2026

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