[Mise à jour #148]
Fin octobre 1996, Tomb Raider arrive en boutique sur Saturn au Royaume-Uni, comme l’atteste une publicité du Daily Mirror datée du 24. Les versions PlayStation et PC suivent un mois plus tard. Trente ans après, son héroïne dépasse largement les consoles : des gens qui n’ont jamais joué reconnaissent son visage. Samus Aran avait ouvert la voie aux héroïnes, mais Lara est devenue l’une des plus célèbres, et ce statut a un prix.

1996 : une héroïne née d’un changement de plan
Chez Core Design, à Derby, l’artiste Toby Gard dessine d’abord un baroudeur à chapeau et fouet, que le cofondateur du studio Jeremy Smith juge trop proche d’Indiana Jones. Gard bascule vers une héroïne : en regardant jouer à Virtua Fighter, il constate que presque chaque partie voit quelqu’un choisir l’une des deux seules combattantes, et il veut échapper aux stéréotypes féminins du genre. Smith, d’abord sceptique, y voit finalement un argument de vente. Elle s’appelle d’abord Laura Cruz ; Lara vient d’un livre de prénoms, Croft de l’annuaire local, et son premier modèle 3D tient en environ 230 polygones. Le plaisir du jeu est ailleurs : des sauts à mesurer au pas près, des décors bâtis sur une grille, et ce tyrannosaure qui surgit dans la Vallée perdue. C’est moins glamour que la légende, et plus durable.

1997 : la presse généraliste s’empare d’elle
Le déclic vient d’un journal sérieux : en 1997, le Financial Times place Lara en première page pour illustrer les résultats florissants d’Eidos, l’éditeur. Jeremy Smith affirme que le studio n’avait pas sollicité ces premières apparitions. The Face, Time et Newsweek suivent, et Libération titre « Une star virtuelle est née ». Pour Computer and Video Games, la couverture de The Face a marqué le passage du jeu vidéo d’une affaire de geeks au grand public. Les marques s’en mêlent (Visa, Lucozade, SEAT), U2 projette des images de Lara sur scène lors de sa tournée PopMart, et Eidos engage des mannequins pour l’incarner dans les salons, ce qui vaut au personnage un record Guinness de sosies officiels. En avril 2025, elle comptait plus de 2 300 couvertures, et le magazine Play la décrivait comme la première superstar féminine du jeu en 3D.

Icône ou fantasme : un débat jamais refermé
Le succès a un revers. Gard disait vouloir une héroïne dont le charme viendrait seulement de sa force, mais la promotion a poussé ailleurs, et Lara est devenue l’un des premiers symboles sexuels du jeu vidéo. Germaine Greer y a vu un fantasme masculin. Un magazine PlayStation a reproché à Core Design de minimiser cette dimension en public tout en l’affichant dans les publicités, tandis qu’une graphiste du studio en rendait responsable le marketing d’Eidos. L’éditeur estimait de son côté que les femmes faisaient 20 à 25 % des achats en 2000, et Jeremy Smith affirmait que la série avait attiré des joueuses, notamment au Japon. Angelina Jolie, qui jugeait les proportions du jeu irréalistes, n’en a repris qu’une version atténuée pour le film de 2001, avec un rembourrage minimal. Les deux lectures sont vraies à la fois.

Du cinéma aux réécritures : trente ans à survivre
Jolie incarne Lara en 2001 et 2003, puis Alicia Vikander en 2018. Une série animée Netflix avec Hayley Atwell arrive en 2024, et une série Prime Video avec Sophie Turner est en préparation. Sur consoles, le rythme d’un épisode par an use Core Design : la fin de La Révélation finale (1999) voit l’équipe « tuer » son héroïne sous un éboulement. L’Ange des ténèbres (2003), sorti en hâte pour coïncider avec le film, déçoit et pousse Eidos à confier la saga à Crystal Dynamics. Viennent le reboot de 2006, puis celui de 2013, qui vise des proportions réalistes et fait de Lara une survivante débutante. La reconnaissance reste intacte : un sondage BAFTA de 2024, auprès d’environ 4 000 personnes, la place en tête des personnages les plus emblématiques, et Derby lui a dédié une rue, choisie par vote public, puis une étoile dans son allée de la renommée.

Ce qu’il faut retenir
Lara Croft a moins changé le jeu vidéo par ce qu’elle était que par ce qu’elle a montré : une héroïne de jeu pouvait devenir célèbre bien au-delà des joueurs et attirer un public que l’industrie ne visait pas. Elle l’a payé d’un regard qui a longtemps pesé plus lourd que le personnage, et de réécritures successives. À 30 ans, l’enjeu est ailleurs : Legacy of Atlantis, annoncé aux Game Awards de décembre 2025, d’abord prévu en 2026 puis repoussé au 12 février 2027, devra montrer qu’il fait mieux que moderniser les graphismes. Verdict : les couvertures l’ont fait connaître, mais ce sont les sauts ratés et les salles qu’on mettait une heure à comprendre qui l’ont fait durer.
Sources : Sortiraparis, « Tomb Raider fête ses 30 ans : les mille vies de Lara Croft, icône du jeu vidéo » (24 octobre 2026) — Wikipédia (anglais), « Lara Croft » — Wikipédia (français), « Lara Croft » — Wikipédia (anglais), « Tomb Raider » — AlloCiné, « C’est l’une des héroïnes les plus célèbres du grand écran : depuis 24 ans, elle fascine des millions de spectateurs » — W3sh, « Lara Croft a 30 ans : de Derby à l’Atlantide, l’aventurière rejoue sa première aventure » (octobre 2026) — Masculin.com, « Lara Croft ne prend pas une ride : pour ses 30 ans, la star de Tomb Raider prépare un retour massif qui va enflammer la gamosphère » — Variety, « Amazon Unveils « Tomb Raider: Catalyst » Video Game First Look and 2027 Release; Sets Remake of Original Lara Croft Game for 2026 » (décembre 2025) — Écran Large, « Le grand retour de Tomb Raider : 2 nouveaux jeux révélés, avec des bandes-annonces 100% fan service » (décembre 2025)

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