YouTube et les réseaux sociaux, nouveaux rois de l’info : le rapport qui confirme la bascule.

[Mise à jour du jour bonjour #18]

Avouons-le. Ce matin, avant même d’ouvrir un journal ou d’allumer la télé, j’ai d’abord regardé ce qui se passait sur mes réseaux. Et je ne suis visiblement pas le seul.

Le Reuters Institute vient de publier son rapport annuel sur les habitudes d’information dans le monde — l’étude de référence sur le sujet, menée auprès de près de 100 000 personnes dans 48 pays. Son constat principal est sans appel : pour la première fois dans l’histoire de cette étude, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo sont devenus la première source d’information mondiale, devant la télévision et les sites de médias traditionnels.

Ce n’est pas une rumeur, pas une intuition. C’est une bascule documentée, progressive, et désormais majoritaire.

Plus d’un sur deux via les plateformes

Plus d’un répondant sur deux dans le monde s’informe via les réseaux sociaux et plateformes vidéo chaque semaine. La télévision suit de près, les sites de médias un peu plus loin, la radio loin derrière. Et si on intègre ceux qui utilisent des assistants IA comme ChatGPT pour s’informer, la proportion grimpe encore d’un point.

Ce qui est frappant, ce n’est pas que YouTube et X soient populaires — ça, tout le monde le savait. C’est que ce basculement s’est produit simultanément sur la moyenne de 48 marchés très différents. La tendance existait depuis des années dans certains pays isolés. En 2026, elle est devenue la norme mondiale.

Avec une résistance notable : les pays d’Europe du Nord. En Norvège, en Suède, en Allemagne, les médias traditionnels tiennent encore la première place. Ce n’est pas un hasard — ces pays combinent des institutions médiatiques encore bien ancrées, une population plus âgée en moyenne, et des journalistes qui ont su migrer vers les formats des plateformes sans pour autant y perdre leur crédibilité.

La génération télévision, dernière de la liste

La télévision reste le premier réflexe d’information pour deux tranches d’âge seulement : les 45-54 ans et les plus de 55 ans. Partout ailleurs, les plateformes ont déjà pris le dessus.

En France, la trajectoire sur treize ans parle d’elle-même. En 2013, plus de 8 Français sur 10 s’informaient via la télévision. En 2026, c’est 6 sur 10 — et la courbe descend chaque année. La presse papier, elle, a pratiquement disparu du paysage informationnel : de presque la moitié des Français en 2013 à moins de 15 % aujourd’hui.

À l’inverse, les réseaux sociaux et créateurs de contenu captent des parts croissantes — y compris chez des publics qui n’étaient pas concernés il y a quelques années.

Hugo Décrypte contre TF1 — et ce que ça dit vraiment

Le rapport cite un cas français qui mérite attention : un youtubeur d’information touche désormais plus d’un quart des moins de 35 ans en France, soit deux fois plus que TF1 ou Le Figaro pour cette même tranche d’âge.

Ce chiffre fait mal aux rédactions traditionnelles. Mais ce qu’il dit vraiment, c’est moins la mort du journalisme que l’émergence d’un format différent : personnel, direct, sans la solennité des journaux télévisés. Les créateurs n’ont pas tué les médias — ils ont occupé un espace que les médias avaient progressivement délaissé.

Et ce phénomène monte. Plus d’un quart des Français s’informent désormais via des créateurs de contenus. Ce n’était pas mesurable il y a dix ans.

La confiance, le vrai sujet

Derrière les chiffres de consommation, un indicateur bien plus inquiétant : la confiance dans l’information atteint son niveau plancher depuis que cette étude existe. A peine plus d’un tiers des sondés dans le monde déclarent faire confiance à la plupart des informations la plupart du temps.

Un tiers. Dans un monde qui traverse des crises politiques, économiques et technologiques majeures, c’est un chiffre qui devrait alerter bien au-delà des rédactions.

Ce n’est pas un problème de plateforme. C’est un problème de crédibilité globale du système d’information. Et paradoxalement, les gens migrent vers des sources où la vérification est souvent moins rigoureuse que dans les médias qu’ils ont cessé de croire. La défiance crée les conditions de sa propre aggravation.

L’IA s’invite dans le flux d’information

Dernier point notable : les assistants IA sont de plus en plus utilisés pour suivre l’actualité. Un répondant sur dix les utilise déjà de façon hebdomadaire pour s’informer — contre environ un sur quinze l’an dernier. La progression est rapide et régulière.

Ce n’est pas anodin. Si une part croissante du public s’informe demain via des assistants IA, la question n’est plus seulement “comment être lu” mais “comment être cité”. Les médias qui produisent du contenu structuré, sourcé, vérifiable, sont ceux que les modèles apprennent à mentionner. Ceux qui publient du bruit algorithmique ne laissent pas de trace.

Utile plutôt que présent

Le rapport Reuters sort aujourd’hui, et son message central mérite d’être retenu au-delà des chiffres. Pour n’importe quel média, grand ou petit, le défi de 2026 n’est pas d’être sur toutes les plateformes en même temps. C’est de savoir pourquoi quelqu’un choisirait de vous lire plutôt que de scroller indéfiniment.

Le défi n’est pas d’être présent partout. C’est d’être utile quelque part.

Sources : Reuters Institute for the Study of Journalism, Digital News Report 2026 (publié 16 juin 2026) ; La Revue des médias / INA ; Le Devoir (Canada) ; Benton Institute for Broadband & Society ; Télérama / AFP, 16 juin 2026.

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