[Mise à jour du jour bonjour #19]
Le 17 juin 2026, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a confirmé ce qui se dessinait depuis plusieurs mois : à partir du 1er septembre prochain, les téléphones portables seront interdits dans tous les lycées français, de la cloche du matin à celle du soir. Une décision qualifiée d’“absolument majeure” par le ministre lui-même, et qui relance un débat qui dépasse largement les frontières de l’Hexagone.
Bonne idée ou fausse bonne idée ? Les données existent. Elles sont nuancées.

Ce que la France a déjà fait — et ce que ça a donné
La France ne part pas de zéro. L’interdiction dans les écoles primaires date de 2018. Dans les collèges, elle a été renforcée depuis septembre 2025 avec le dispositif “Portable en pause” — qui va au-delà de la simple interdiction d’utilisation : les élèves doivent se séparer physiquement de leur appareil, via des pochettes individuelles ou des casiers collectifs.
Les premières remontées de terrain sont positives. L’expérimentation menée auprès de plus de 32 000 collégiens durant l’année 2024-2025 a enregistré une amélioration du climat scolaire, une meilleure concentration des élèves et une baisse des incidents liés au cyberharcèlement. Ce n’est pas un bilan scientifique exhaustif, mais c’est un signal clair.
Le problème reste l’application. Certains syndicats de chefs d’établissement s’interrogent ouvertement sur les moyens de faire respecter l’interdiction auprès d’un lycéen de 17 ans, qui n’est plus un enfant mais pas encore tout à fait un adulte. La mécanique qui a fonctionné au collège sera-t-elle aussi efficace au lycée ? C’est la vraie inconnue.

Ce que la science dit — avec prudence
Un point important avant d’aller plus loin : la recherche sur ce sujet n’est pas aussi tranchée qu’on pourrait le croire à la lecture des communiqués officiels.
Il y a des résultats encourageants. Une étude de la London School of Economics menée dans plus de 90 lycées britanniques a mesuré une progression moyenne de 6,4 % aux examens après interdiction du smartphone. Chez les élèves en difficulté, ce chiffre monte à 14,2 % — un effet particulièrement marqué pour ceux qui bénéficient le moins des conditions d’apprentissage favorables à la maison. Une recherche menée en 2025 par l’Université de Lausanne, en collaboration avec des universités australiennes, a confirmé des effets bénéfiques sur la santé mentale des élèves dans les établissements appliquant une interdiction stricte.
Mais d’autres études sont moins conclusives. Une revue de la littérature scientifique publiée en 2024 par la London School of Economics et la fondation 5Rights conclut que les résultats sont “mitigés” et que les méthodes des études disponibles sont “hétérogènes”. En clair : l’interdiction aide, mais pas partout, pas de la même façon, et pas pour tout le monde.
Des travaux en psychologie cognitive documentent par ailleurs un phénomène contre-intuitif : ce n’est pas l’usage du téléphone qui déconcentre, c’est sa proximité. Tant que l’appareil est à portée, une partie de l’attention reste en veille, à l’affût d’une notification qui ne viendra peut-être pas. D’où l’importance de l’éloignement physique plutôt que de la simple interdiction d’utilisation.

Ce que font les autres pays
La France n’est ni pionnière ni isolée. Plusieurs pays ont déjà pris ce virage, avec des résultats qui parlent d’eux-mêmes.
Les Pays-Bas ont interdit tout appareil connecté dans leurs établissements secondaires depuis janvier 2024 — smartphones, tablettes et montres connectées compris. Le gouvernement néerlandais avait argumenté sur l’impact négatif des téléphones sur la concentration en cours, et les premières évaluations vont dans le bon sens. L’Italie, le Royaume-Uni, la Norvège, la Belgique ont tous pris des mesures similaires ces dernières années. L’Australie a généralisé l’interdiction à la quasi-totalité de ses établissements scolaires, secteur public et privé confondus.
La tendance mondiale est donc claire. L’interdiction des smartphones à l’école est en train de devenir la norme, pas l’exception.

La vraie question : interdire ou éduquer ?
Le débat qui reste ouvert n’est pas vraiment “pour ou contre l’interdiction”. Il porte sur ce qu’on fait ensuite.
Plusieurs chercheurs insistent sur un point souvent absent des annonces politiques : l’interdiction seule ne suffit pas. Si l’élève range son téléphone à 8h et le ressort à 17h pour enchaîner trois heures de réseaux sociaux, le bénéfice de la journée sans écran est partiellement annulé. L’étude australienne de Lausanne dit exactement ça : l’interdiction est un outil parmi d’autres, pas une solution miracle. Elle doit s’accompagner d’une éducation au numérique, de programmes de prévention du cyberharcèlement et d’un travail plus large sur les usages.
Il y a aussi la question du paradoxe que nous avons pointé hier avec le rapport Reuters : nous vivons dans un monde où YouTube et les réseaux sociaux sont devenus la première source d’information mondiale — et nous formons des lycéens à s’en couper six heures par jour. Ce n’est pas contradictoire si on y réfléchit bien : apprendre à poser l’écran, c’est aussi apprendre à le reprendre différemment. Mais ça suppose qu’on leur apprenne quelque chose pendant ce temps-là.

Alors, le bon choix ?
Probablement oui — à condition de ne pas s’arrêter à la loi.
Les données françaises et internationales vont dans le même sens : retirer le téléphone de la salle de classe améliore la concentration, réduit le cyberharcèlement et bénéficie particulièrement aux élèves les plus fragiles. Ce sont des effets mesurables, documentés, qui justifient la mesure.
Mais interdire n’est pas éduquer. La vraie question n’est pas “est-ce qu’on retire le téléphone ?” — c’est “qu’est-ce qu’on construit à la place ?” Une génération qui sait poser son téléphone, c’est une génération à qui on a expliqué pourquoi.
Sources : Franceinfo, Banque des Territoires, Ministère de l’Éducation nationale (education.gouv.fr), London School of Economics / Rahali, Kidron & Livingstone (2024), Université de Lausanne / Baggio et al. (2025), OCDE, Assemblée nationale (proposition de loi n°2447), JDD, Ekole.fr (juin 2026).

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