VivaTech fête ses 10 ans, et ce n’est plus un simple salon de startups.

[Mise à jour du jour bonjour #17]

VivaTech ouvre ses portes ce mercredi à Paris pour sa 10e édition, et quelque chose a changé. Ce qui était à l’origine une grande vitrine de jeunes pousses numériques est devenu, au fil des éditions, un terrain où se croisent diplomatie économique, politiques industrielles et course mondiale à l’intelligence artificielle. Cette année, le mot qui revient partout dans les discours officiels, c’est “souveraineté”.

Sur scène : les robots, et beaucoup viennent de Chine

Le salon occupe cette année un Hall 7 considérablement agrandi — environ 40 % de surface en plus par rapport à 2025 — pour faire de la place à près de 1 500 démonstrations technologiques différentes, du robot humanoïde à l’interface cerveau-machine.

Côté robots humanoïdes, deux constructeurs européens seront à l’affiche : PAL Robotics présentera Kangaroo, conçu pour se déplacer de façon dynamique grâce à l’IA, et Tiagro Pro, pensé comme un bras manipulateur mobile. Mais la concurrence sera rude : Unitree et Agibot, deux poids lourds chinois de la robotique humanoïde, exposeront également leurs modèles.

C’est là que le décor devient intéressant. Au moment même où les démonstrations les plus spectaculaires de robotique grand public viennent en partie de constructeurs chinois, l’ensemble de l’appareil institutionnel français se mobilise pour défendre… autre chose.

En coulisses : la France pousse ses propres outils

Côté institutionnel, l’État français ne fait pas de la figuration : la Direction interministérielle du numérique a calé plus d’une cinquantaine de rendez-vous autour de ses briques logicielles maison — la suite bureautique LaSuite, le cloud public NUBO, le système d’identité FranceConnect, et deux assistants IA, Albert AP et MAESTRO.

Le CNRS, qui participe pour la septième fois, a choisi un fil conducteur clair pour cette édition : présenter ses travaux de recherche fondamentale — transition écologique, cybersécurité, IA, compétitivité industrielle — comme les fondations mêmes sur lesquelles repose toute ambition de souveraineté technologique française. L’organisme résume sa position en une phrase : “la recherche fondamentale est centrale à la souveraineté technologique.”

Le moment est particulier : jamais le numérique n’a autant pesé dans les rapports de force internationaux. D’où une feuille de route précise affichée par l’État — moins de dépendance vis-à-vis de fournisseurs hors UE, des outils publics interopérables et made in Europe, une cybersécurité renforcée pour les administrations, et une IA pensée pour l’intérêt général plutôt que pour le seul marché.

Mistral AI, le symbole — avec ses propres contradictions

S’il y a un nom qui incarne cette ambition, c’est Mistral AI. La pépite parisienne construit actuellement, près de Paris, un site doté de 18 000 puces Nvidia Blackwell et d’une puissance électrique de 1,4 gigawatt — un chantier mené avec Nvidia, la banque publique Bpifrance, et le fonds d’investissement émirati MGX. Pour Paris et Bruxelles, ce projet est devenu l’illustration concrète de ce que pourrait être une IA européenne autonome.

Sauf que la situation comporte sa propre ironie. Pour financer cette ambition, Mistral doit aller chercher des capitaux loin de l’Europe — un actionnaire néerlandais d’un côté, un fonds du Golfe de l’autre. La question qui se pose alors est simple : peut-on vraiment parler de souveraineté technologique quand l’argent qui la finance vient, en partie, d’ailleurs ?

D’ailleurs, Mistral négocierait actuellement une nouvelle levée pouvant atteindre 3 milliards d’euros — une annonce qui, si elle se confirme, tomberait pile pendant la semaine de VivaTech.

Le vrai rapport de force, en un chiffre

Et puis il y a ce chiffre qui remet les pendules à l’heure : les seuls investissements de Microsoft, Google, Amazon et Meta dans l’infrastructure IA pour 2025-2026 dépassent les 700 milliards de dollars, contre environ 20 milliards d’euros de fonds publics côté européen. Tout le discours de souveraineté qui se tiendra cette semaine à Paris se déroule avec cet écart en arrière-plan.

La scène géopolitique, version VivaTech

Sur la scène politique, le programme est dense : Emmanuel Macron doit s’exprimer ce jeudi sur l’avenir de l’intelligence artificielle et la position de l’Europe dans cette course, tandis que Narendra Modi fera également une apparition, juste après sa participation au G7 en Haute-Savoie.

Signe de l’évolution des rapports de force, l’Inde a été choisie comme pays partenaire IA de cette édition. Le message est clair : avec 1,5 milliard d’habitants et ses propres modèles d’IA en plein développement, le pays n’est plus vu seulement comme un réservoir de talents ou un futur marché, mais comme un acteur à part entière de la course mondiale.

L’Allemagne, désignée pays invité d’honneur, viendra avec près de 200 jeunes entreprises et son propre espace d’exposition, sous la conduite de son ministre du Numérique. Côté grands noms attendus sur scène aux côtés du président français : le chercheur en IA Yann LeCun, le patron de LVMH Bernard Arnault, et le dirigeant d’Adobe Shantanu Narayen.

Ce que j’en retiens

Difficile de trancher si cette édition marque un vrai tournant ou si “souveraineté” est devenu le mot magique qu’on accroche à tout pour faire sérieux. Sans doute un peu des deux. Ce qui est certain, c’est que le décalage entre les robots qui font le show — souvent chinois — et le discours officiel qui se tient en coulisses — résolument français et européen — illustre bien où on en est : l’ambition est claire, les outils commencent à exister, mais l’écart avec les géants mondiaux reste considérable. VivaTech reste un formidable thermomètre pour mesurer, chaque année, la distance qu’il reste à parcourir.

Sources : info.fr, CNRS, FrenchWeb, Futura Sciences, numerique.gouv.fr, Tech Insider, L’Écho (juin 2026).

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