Vos films, vos jeux, votre musique : en version dématérialisée vous ne possédez rien. L’affaire Sony vient à nouveau de le prouver.

[Mise à jour du jour bonjour #30]

Le 26 juin 2026, un utilisateur du PlayStation Store reçoit une notification de Sony. Sobre, froide, presque administrative. Elle lui annonce que 551 films et séries qu’il a peut être achetés — parfois il y a des années, parfois au prix fort — disparaîtront de sa bibliothèque le 1er septembre. Sans remboursement. Sans compensation. Sans explication réelle. Le message se termine par un “Thank you” qui a provoqué une tempête sur les réseaux.

Bienvenue dans la réalité de la propriété numérique.

551 films. Évaporés. Sans un euro rendu.

La liste publiée par PlayStation est longue et cruelle. Terminator 2. Total Recall. From Dusk Till Dawn. Cliffhanger. Rambo. Mais aussi, côté français, La Cité de la Peur et Les Bronzés. Des films que des gens ont délibérément achetés — pas loués, achetés — parce qu’ils voulaient les garder. Les revoir dans dix ans. Les montrer à leurs enfants.

La raison officielle ? L’expiration des accords de licence entre Sony et StudioCanal, le distributeur derrière ces titres. Un contrat B2B entre deux géants s’est terminé, et c’est vous qui payez la note.

Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est l’absence totale de geste commercial. Sony réalise 7,5 milliards de dollars de bénéfices en 2025. Et ne propose pas le moindre remboursement à des clients qui ont payé en bonne foi.

Top Spin 2K25 : le jeu avec une date de péremption inscrite dans ses CGU

L’affaire Sony n’est pas un accident. C’est un symptôme. Et le jeu vidéo n’est pas en reste.

En avril 2024, Top Spin 2K25 sort après treize ans d’absence. Les fans de tennis sont en liesse. Le jeu se vend jusqu’à 100 euros selon les éditions. Mais dans les conditions d’utilisation — que personne ne lit, et que les éditeurs le savent très bien — une phrase discrète change tout : les fonctionnalités en ligne du jeu seront disponibles jusqu’au 31 décembre 2026, avec en prime le droit pour 2K de tout couper sans préavis.

Le problème ? Même le mode solo exige une connexion permanente. Autrement dit : à la fermeture des serveurs, le mode carrière devient inaccessible. Un jeu acheté 80 ou 100 euros, avec une durée de vie contractuellement limitée à deux ans et demi. Les forums ont vite trouvé le bon mot : date de péremption. Un jeu en CDD.

Et ce 31 décembre 2026, c’est dans six mois.

Microsoft, juillet 2025 : même scénario, autre costume

Il y a moins d’un an, Microsoft fermait sa boutique Films & TV sur Xbox et Windows. Vingt ans de service. Des milliers de films achetés par des millions d’utilisateurs. Un matin, le bouton d’achat a disparu. Aucune annonce officielle — juste une mise à jour discrète d’une page de support.

Microsoft s’est contenté d’une réponse laconique à la presse spécialisée, indiquant ne rien avoir à communiquer. Aucun remboursement. Aucun transfert vers d’autres plateformes. Les utilisateurs américains ont pu relier certains titres compatibles à Movies Anywhere. Les autres ? Débrouille-toi.

Les contenus achetés restent pour l’instant accessibles via l’application. Pour l’instant. Microsoft n’a précisé aucune date limite.

Ce que vous achetez vraiment quand vous cliquez sur “Acheter”

Voilà la vérité que personne ne vous dit clairement au moment de passer en caisse.

Quand vous achetez un film sur le PlayStation Store, l’iTunes Store, Google Play ou Amazon, vous n’achetez pas un fichier. Vous n’achetez pas une œuvre. Vous achetez une licence d’utilisation — révocable, conditionnée aux accords commerciaux entre la plateforme et le distributeur, et soumise aux décisions unilatérales d’une entreprise privée.

En droit, la différence est totale. Un DVD posé sur votre étagère vous appartient. La copie numérique de ce même film sur votre compte PlayStation ne vous appartient pas. Elle vous est prêtée, contre paiement, tant que les conditions le permettent.

Ce n’est pas un bug du système. C’est le système.

Alors, on fait quoi ?

Quelques pistes concrètes, sans angélisme.

Le physique, d’abord. Un Blu-ray ne disparaît pas parce qu’un accord de licence expire. Il ne nécessite pas de serveur. Il ne demande pas une connexion internet. C’est le seul format qui garantit une possession réelle.

Plex et le NAS, pour les convaincus. Centraliser ses médias sur un serveur personnel — avec des outils comme Plex ou Jellyfin — permet de bâtir une bibliothèque qui ne dépend d’aucune plateforme. C’est une solution technique, pas à la portée de tout le monde, mais elle existe.

Movies Anywhere fonctionne comme un agrégateur : il centralise les achats numériques éparpillés sur différentes plateformes. Partiellement disponible en France, c’est un filet de sécurité partiel — pas une solution complète.

Et pour les jeux ? GOG fait exception dans ce paysage : les jeux qu’on y achète sont de vrais fichiers, téléchargeables, stockables, relançables dans dix ans sans serveur ni connexion. Steam peut théoriquement fermer du jour au lendemain. GOG, c’est un fichier sur votre disque.

Ce que cette affaire dit vraiment

Sony n’a rien inventé. Microsoft non plus. 2K non plus. Ils appliquent tous le même modèle, avec le même vocabulaire soigneusement choisi : on dit “acheter”, on vend une licence. On dit “votre bibliothèque”, on gère un accès conditionnel. On dit “Thank you”, on efface 551 films.

La vraie question n’est pas pourquoi Sony a fait ça. La vraie question, c’est pourquoi on continue d’appeler ça “acheter”.

SOURCES : Eklecty-City — Infinity-Area — Gamekyo — Xboxygen — Telesatellite.com — OpenCritic — GamingHQ — CECritic — Kotaku — Xbox-Gamer.net — Gameblog.fr — Jeuxvideo.com — Mac4Ever — Journal du Geek — BeGeek — Next-Stage.fr 

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