Smartphones pillés le 17 octobre : ce qui est vraiment bloqué, et ce qui ne l’est pas

[Mise à jour #143]

Les pillages survenus en marge des manifestations du 17 octobre ont frappé des milliers de commerces, d’après LSA, dont les Apple Store de Lille et de Bordeaux. Une courte vidéo, relayée depuis le 18 octobre, montre un iPhone emporté de la boutique lilloise qui affiche un message d’alerte : appareil neutralisé, position suivie, autorités prévenues. Dans la foulée, la presse a évoqué un blocage général par les fabricants. La réalité est plus subtile : tout dépend de la catégorie d’appareil.

Les appareils d’exposition : les plus verrouillés

Les modèles exposés en boutique tournent sous une configuration propre à la démonstration. D’après Clubic, elle empêche tout nouvel utilisateur de prendre la main (mot de passe, compte iCloud), ce qui expliquerait le message vu à Lille. Un précédent existe : en 2020, des iPhone pris dans des Apple Store américains pillés affichaient déjà un message de suivi. Selon une source anonyme de BFM Tech rapportée par Clubic, d’autres fabricants (Samsung, Google, Xiaomi, Honor) feraient de même. Rien ne le confirme publiquement. Quant à Apple, Mac4Ever rappelle que le fonctionnement exact de sa protection n’a jamais été détaillé.

Les appareils neufs sous blister : un blocage par numéro, avec un délai

Un modèle neuf n’embarque aucun logiciel de démonstration. Il se neutralise via son IMEI, l’identifiant à 15 chiffres de chaque téléphone. La procédure décrite par l’Arcep : la plainte doit indiquer ce numéro, les forces de l’ordre transmettent la déclaration à l’opérateur, qui dispose de 4 jours ouvrés pour inscrire le terminal dans la base commune. Pour du stock pris dans un magasin, Selectra précise que l’enseigne doit d’abord recenser ses IMEI avant de les déclarer. Dans l’intervalle, rien n’empêche un téléphone de capter.

Cette base est partagée par Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free. Elle ne vaut que sur le territoire : à l’étranger, un appareil bloqué en France peut encore se connecter, relève JeChange. Et le blocage ne coupe pas le Wi-Fi, précise Clubic.

Le verrouillage d’activation, l’autre verrou d’Apple

Chez Apple, tant que « Localiser » est relié à un compte, un iPhone effacé ne redevient pas utilisable sans le mot de passe de ce compte, selon la documentation de l’entreprise. D’après Mac4Ever, depuis iOS 18, cette protection s’étend à certains composants récupérables (batteries, écrans, caméras), ce qui complique aussi la revente de pièces.

Les plateformes de revente sous pression

Le gouvernement a convoqué lundi 19 octobre au soir les grandes places de marché : Vinted, Amazon, eBay, Leboncoin, Meta et TikTok, avec leurs fédérations professionnelles. Mardi, il a annoncé un renforcement de la coopération avec les autorités et de la modération des annonces, en ciblant les indices habituels : prix cassés, lots d’articles neufs, antivols encore fixés, ou aveux dans le texte de l’annonce. Vinted rappelle que le commerce de biens volés est interdit sur sa plateforme.

Si tu comptes acheter d’occasion ces jours-ci

  • Demande une preuve d’achat. Un particulier qui vend plusieurs téléphones neufs d’un coup, sans facture, doit t’alerter.
  • Allume l’appareil devant le vendeur. Sur un iPhone, un écran indiquant qu’il est encore lié à son ancien propriétaire doit te faire renoncer.
  • Compose *#06# et compare l’IMEI avec celui de la boîte et de la facture.
  • Ne paie qu’une fois ces vérifications faites.

Limite à connaître : côté opérateurs français, il n’existe pas de moteur de recherche public pour savoir si un IMEI est déjà sur la liste noire, relève Selectra. Un téléphone qui marche à l’achat peut donc cesser de fonctionner dès que la déclaration arrive. Et acheter un bien dont on connaît la provenance expose à une condamnation pour recel, jusqu’à 5 ans de prison d’après JeChange.

Ce qu’il faut retenir

Un iPhone d’exposition volé dans un Apple Store, c’est un presse-papier connecté. Un smartphone neuf n’a qu’un sursis de quelques jours, à condition que l’enseigne dépose plainte en listant ses IMEI. Quant à l’idée d’un blocage massif orchestré par toutes les marques, elle reste à démontrer : seule la vidéo de Lille l’illustre à ce stade. Pour l’acheteur, l’équation est claire : un téléphone cassé de prix ces jours-ci a toutes les chances de finir inutilisable, sans compter l’exposition au recel.

Sources : BFM Tech, « Désactivation, localisation, identification : comment les marques bloquent les smartphones et tablettes volés après les pillages du 17 octobre » (titre et introduction lus via ta capture et un extrait) — Clubic, « Pillages du 17 octobre : les iPhone et autres smartphones Samsung déjà en train d’être bloqués » (20 octobre) — Mac4Ever, « Apple Store pillés le 17 octobre : pourquoi voler un iPhone était une mauvaise idée ! » — Alloforfait, « Les téléphones volés le 17 octobre sont déjà bloqués » (publication relayant un message de L’Info du Nord du 18 octobre) — JeChange, « Téléphones pillés le 17 octobre : bloquables par IMEI sur les quatre réseaux, les revendre ou les acheter vaut 5 ans pour recel » — Arcep, « Que faire en cas de vol de mon téléphone mobile ? » — Selectra, « Magasins pillés le 17 octobre : la vérification avant d’acheter un iPhone « sous blister » à un particulier » — Selectra, « Téléphone d’occasion : la vérification de 30 secondes qui évite d’acheter un mobile inutilisable » — Apple Support, « Verrouillage d’activation » — PhoneArena, « Apple Stores close again, as iPhone looters get this tracking warning » (juin 2020) — LSA, « Pillages du 17 octobre : deux jours après, un premier bilan, des premières mesures » — LSA, « Amazon, Leboncoin, Vinted… Le gouvernement en appelle aux marketplaces pour endiguer la revente des produits pillés lors du 17 octobre » — Blick, « Revente des objets pillés : les plateformes vont aider l’État » — Epoch Times (FR), « Pillages : le gouvernement réunit Vinted, Leboncoin et Cdiscount pour bloquer la revente des biens volés » (propos de Vinted rapportés par Franceinfo)

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