[Mise à jour #72]
Sony l’a annoncé le 1er juillet : à partir de janvier 2028, plus aucun nouveau jeu PlayStation ne sortira sur disque. Depuis quelques jours, l’entreprise a même commencé à coller un avertissement directement sur les boîtes de PS5 vendues en magasin, dans plusieurs langues, pour prévenir les futurs acheteurs. Un mois après l’annonce, malgré une mobilisation de joueurs qui ne faiblit pas, tout indique que la décision est déjà gravée dans le marbre.

Ce que dit l’étiquette, et ce que ça change vraiment
Le message repéré sur les nouveaux packs européens prévient sans détour qu’à compter de janvier 2028, les nouvelles sorties PlayStation ne seront plus proposées “qu’en version numérique”, que ce soit sur le PlayStation Store ou chez les revendeurs classiques. Les disques déjà sortis avant cette date resteront lisibles sur la console. Concrètement, ça ne change rien pour l’instant à ton catalogue actuel, mais ça confirme que Sony ne recule pas — au point de préparer ses emballages et ses circuits de distribution des mois à l’avance.

Les chiffres qui donnent objectivement raison à Sony
Difficile de contester la tendance de fond quand les chiffres des éditeurs eux-mêmes s’alignent. Sur son dernier trimestre, Capcom n’a écoulé que 1,6 million de jeux au format physique, contre 22 millions en numérique, une proportion qui frôle désormais les 94% côté dématérialisé — et l’éditeur table sur une poursuite de cette bascule l’an prochain. Interrogé sur l’impact que pourrait avoir la fin du physique chez Sony, Capcom a répondu presque avec indifférence : “environ 90% de nos ventes sont numériques, sans impact significatif prévu.”
Chez Take-Two, la maison mère de Rockstar, le déséquilibre est encore plus marqué : les revenus issus des ventes physiques ne pèsent plus que 2% du total sur le dernier trimestre fiscal, contre 98% pour le numérique.

Les patrons de l’industrie montent au créneau, dans le même sens
Ce n’est pas seulement une affaire de chiffres : les dirigeants eux-mêmes défendent publiquement le virage de Sony. Strauss Zelnick, PDG de Take-Two, a confirmé que GTA VI ne proposera pas de version disque, balayant l’objection en une phrase : “les disques n’ont plus de sens pour les consommateurs, le numérique est plus pratique.” Sa comparaison est parlante : à ses yeux, le disque de jeu vidéo est en train de suivre le même chemin que le vinyle dans la musique, un objet que continueront à chérir des collectionneurs, mais qui ne pèsera plus rien dans les ventes réelles. Take-Two continuera occasionnellement à proposer des éditions boîte pour certains titres, mais clairement pensées comme des produits dérivés plutôt que comme un vrai canal de vente.
Yves Guillemot, PDG d’Ubisoft, va dans le même sens avec un raisonnement différent : pour lui, se passer d’un lecteur de disque dans une console libère de la marge sur le coût de fabrication, ce qui pourrait à terme profiter au portefeuille des joueurs sous forme de machines moins chères. Il pointe aussi la trajectoire du marché PC, où le jeu est déjà largement dématérialisé, comme preuve qu’une industrie du jeu vidéo peut prospérer sans avoir besoin du disque comme filet de sécurité.

Une résistance des joueurs réelle, mais qui peine à trouver un levier
Face à ce front commun industriel, la mobilisation des joueurs ne s’est pourtant jamais arrêtée. Dès l’annonce du 1er juillet, une commerçante canadienne a lancé sur Change.org la pétition “Don’t Kill the Disc”. Sa progression a surpris par sa régularité, loin du pic-puis-essoufflement habituel de ce type de campagne : plus de 126 000 signatures en moins d’une semaine, le double dix jours plus tard, et le cap des 350 000 aujourd’hui — un rythme suffisant pour en faire l’une des mobilisations les plus actives de toute la plateforme sur cette période. Au moins quatre autres pétitions circulent en parallèle rien qu’en France.
Un collectif baptisé “Does It Play”, axé sur la sauvegarde du patrimoine vidéoludique, va plus loin en organisant une action collective du 23 au 30 août : éteindre sa PlayStation ou la couper d’Internet pendant sept jours d’affilée, pour faire ressentir la mobilisation directement dans les statistiques de connexion plutôt que sur les réseaux sociaux.
Sony, de son côté, a longtemps gardé le silence avant de finalement réagir du bout des lèvres lors d’une présentation financière : la directrice financière Lin Tao a reconnu qu’il fallait “réfléchir à la manière de répondre” aux retours des joueurs, sans jamais laisser entrevoir la moindre remise en question du calendrier. Un indice au moins aussi parlant que cette réponse prudente : l’action Sony a progressé de 7% dans la foulée de l’annonce initiale, preuve que les marchés financiers, eux, ont déjà tranché.

Le seul précédent qui pourrait nourrir un espoir — et pourquoi il ne s’applique pas ici
Il existe un cas où ce genre de mobilisation a fonctionné : en 2013, Microsoft avait annoncé pour la Xbox One des restrictions sur les jeux d’occasion et une obligation de connexion internet permanente. Face au tollé, et alors que Sony ridiculisait publiquement ces restrictions dans une vidéo devenue culte, Microsoft avait fait marche arrière en un peu plus d’un mois, avant même la sortie de la console.
Le contexte actuel est presque à l’opposé sur chaque point qui avait fait plier Microsoft à l’époque. La PS5 est déjà commercialisée depuis des années, la décision ne s’applique qu’aux jeux futurs et ne retire rien à ce que les joueurs possèdent déjà, et surtout, aucun concurrent sérieux ne se positionne pour transformer cette polémique en argument marketing — ni Xbox, ni Nintendo n’ont annoncé vouloir maintenir le disque comme argument différenciant sur le long terme.
Ce qu’il faut retenir
Toutes les conditions qui avaient permis de faire reculer Microsoft en 2013 sont absentes cette fois : pas de sortie de console imminente à protéger, pas de concurrent prêt à surfer sur la polémique, et surtout, des chiffres de ventes qui donnent objectivement raison à la décision plutôt qu’à ses opposants. Quand la quasi-totalité des ventes d’un éditeur comme Capcom se fait déjà en numérique, il devient très difficile de présenter la fin du disque comme une décision déconnectée du marché réel.
La mobilisation des joueurs est sincère, chiffrée, et loin d’être anecdotique — 350 000 signatures, ce n’est pas rien. Mais elle s’oppose à une tendance de fond que même les éditeurs les plus attachés au format physique historiquement, comme les studios japonais, ne contestent plus vraiment dans leurs chiffres. Sans intervention réglementaire européenne sur la propriété numérique des jeux, ou un mouvement de boycott qui affecterait réellement les ventes de consoles plutôt que les réseaux sociaux, il y a peu de raisons de penser que Sony reviendra sur sa décision.
(Ironie au passage : la comparaison de Zelnick avec le vinyle se retourne presque contre lui — ce format qu’on annonçait mort a fini par dépasser le CD en ventes aux États-Unis dès 2020. Sauf qu’il lui a fallu quinze ans pour revenir, un luxe que personne dans l’industrie du jeu vidéo n’envisage sérieusement).
Le calendrier est posé, les emballages sont déjà imprimés, et le marché boursier a déjà rendu son verdict.
Sources : Gameblog, “« On voit bien que c’était prévu » Plus de retour en arrière possible, PlayStation va bien abandonner les jeux physiques, c’est acté” — Gamewave, “Sony réaffirme sa position sur la fin des jeux physiques avec un avertissement” — JeuxVideo.com, “PS5 : les jeux physiques ont désormais une nouveauté qui vous prépare à la fin des disques en 2028” — Gamereactor, “Les nouvelles boîtes de PlayStation 5 comporteraient une étiquette avertissant de l’arrêt de la commercialisation des disques physiques” — PC Astuces, “Sony appose un avertissement officiel sur les emballages de la PlayStation 5 concernant la fin des jeux en version physique” — Journal du Geek, “Sony affiche directement la fin des jeux en physique sur ses boîtes de PS5” — Achievement Industry, “PS5 : Sony confirme la fin des disques physiques en 2028” — Gameblog, “Capcom : avec 93% de ventes numériques sur le dernier trimestre, l’éditeur de Resident Evil semble donner raison à PlayStation” — Goclecd, “Les Résultats Financiers de Capcom Annoncent la Fin des Jeux Physiques” — Gamekyo, “Tout comme Ubisoft, Capcom se fout un peu de la mort du physique” — Xboxygen, “Capcom réagit à la fin des jeux physiques : Nous ne prévoyons pas d’impact significatif” — Battlefield France, “Réponse de Capcom à la perte des jeux physiques : un haussement d’épaules” — KultureGeek, “GTA 6 vendu sans disque : le patron de Take-Two justifie ce choix” — Gameblog, “« Les disques n’ont plus de sens » L’éditeur de GTA 6 défend l’arrêt du physique chez PlayStation” — Rockstar Actu, “GTA VI : Date de sortie confirmée et absence de CD dans la version boîte” — Gamewave, “Le patron de Rockstar pense que les jeux en boîte sont voués à disparaître” — ActuGaming, “GTA 6 : Strauss Zelnick se félicite du succès des précommandes et défend l’abandon du physique” — Hardware Cooking, “Ubisoft estime que la fin du format physique sur PlayStation pourrait profiter à l’industrie” — ActuGaming, “Yves Guillemot (Ubisoft) ne s’inquiète pas de la disparition du marché physique” — JeuxVideo.com, “Ubisoft réagit à la fin des jeux physiques sur PlayStation, mais ce n’est pas ce que souhaitent entendre les joueurs” — Clubic, “Yves Guillemot estime que la fin des disques chez Sony ne bouleversera pas l’industrie du jeu vidéo” — Cri du Troll, “Sony répond enfin à la pétition des 350 000… et sa réponse a mis les joueurs en rage” — JeuxVideo.com, “« Vos pétitions ne changeront rien » : cette spécialiste dresse un constat glacial sur l’avenir des jeux physiques chez Sony” — JeuxVideo.com, “PlayStation sous tension : un boycott massif des joueurs s’organise après la fin des disques physiques” — EchoTechno, “Fin des jeux physiques : une pétition pour contraindre Sony à revenir sur sa décision” — JeuxVideo.com, “PS6, PS5 : jusqu’où va aller la colère des joueurs ?” — RTBF, “Qu’est ce que la pétition à plus de 120.000 signatures peut faire pour empêcher Sony d’abandonner les disques ?” — s2pmag, “Sony face à une grève du gaming après l’annonce de la fin des jeux physiques sur PlayStation” — Shattered.io, “Don’t Kill the Disc: 330K Signatures, Sony Silent [2026]” — Notebookcheck, “Sony finally responds, confident killing physical discs will not impact revenue”

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