
C’est fait. Dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 juin 2026, à quelques minutes de minuit, Orange, Bouygues Telecom et Free ont signé un protocole d’accord pour racheter SFR à Altice France. Montant : 20,35 milliards d’euros. La France passera de quatre à trois opérateurs mobiles nationaux pour la première fois depuis 2012. Pour notre génération qui a vu naître la concurrence télécom, qui a connu le Minitel, le forfait bloqué, puis l’arrivée fracassante de Free en 2012 — c’est la fin d’une époque.
Comment on en est arrivé là
En octobre 2025, SFR rejetait en 24 heures une première offre conjointe à 17 milliards d’euros. Le 17 avril 2026, Altice France ouvrait une fenêtre d’exclusivité à ses trois concurrents pour finaliser la cession. Après huit mois de négociations, deux offres renégociées et un ultime délai de 48 heures accordé vendredi soir, le protocole a été signé quelques minutes avant minuit. Pour Patrick Drahi, selon Le Monde, la vente de SFR signerait pratiquement son retrait des grandes activités télécoms en France après plus d’une décennie d’acquisitions et de restructurations.

Qui récupère quoi
La répartition suit les proportions fixées dès avril. Bouygues Telecom est le premier contributeur financier : 42 % du prix, soit environ 8,5 milliards d’euros. En échange, il récupère l’intégralité de SFR Business, le segment entreprises, 5,9 millions de clients grand public, l’opérateur virtuel Prixtel et le réseau mobile rural. Bouygues deviendrait ainsi le deuxième opérateur français par la taille.
Free et le groupe Iliad apportent 31 % du financement, soit 6,2 milliards d’euros. Ils récupèrent notamment toute la base RED by SFR, soit environ 6 millions de clients, ce qui porterait Free à quelque 31 millions d’abonnés au total. Orange, déjà numéro un, se contente de 27 % — une partie du grand public SFR et plusieurs opérateurs virtuels (Réglo, Syma, Coriolis).

Ce qui ne va pas changer tout de suite
Que les clients SFR se rassurent : rien ne bouge dans l’immédiat. La signature de ce protocole ne devrait se traduire par aucun changement concret pour le consommateur avant, au mieux, le second semestre 2027, le temps que les autorités de la concurrence décortiquent le dossier. Sur le plan social, les repreneurs se sont engagés à conserver l’ensemble des salariés dans leur périmètre actuel jusqu’au début 2029. Les actifs non repris resteront gérés au sein de SFR SA pendant une phase transitoire d’au moins 30 mois.
La vraie question : vos forfaits
C’est le point qui nous concerne tous. Trois opérateurs au lieu de quatre, c’est mécaniquement moins de pression concurrentielle sur les prix. Les précédents européens donnent le ton. En 2012, l’Autriche passait de quatre à trois opérateurs. Verdict : des hausses de 14 à 20 % pour les clients déjà en portefeuille, de 22 à 31 % pour les nouveaux arrivants, et jusqu’à 50 à 90 % pour les forfaits data mobile. L’autre dégât collatéral se cache dans les sous-marques : Sosh, B&You, le forfait Free à 2 euros, RED by SFR — tout cet écosystème low-cost tient debout grâce à une tension concurrentielle extrême. Avec trois acteurs, l’incitation à maintenir des forfaits à prix cassés s’érode.

Mais ce scénario n’est ni automatique ni sans contrepoids. Une hausse brutale paraît peu probable à court terme : l’Autorité de la concurrence devrait imposer des conditions strictes, et un moratoire de deux à trois ans sur les hausses tarifaires pourrait être exigé. À l’approche de la présidentielle de 2027, la pression politique limitera sans doute toute décision impopulaire.
Ce que j’en pense
SFR, c’est un nom qu’on connaît depuis 1987. Le voir disparaître, c’est un marqueur générationnel de plus. Mais au-delà de la nostalgie, l’enjeu est concret : la concurrence à quatre nous a offert quinze ans de forfaits parmi les moins chers d’Europe. La question n’est pas de savoir si on regrettera SFR — c’est de savoir si notre facture s’en souviendra.
Aujourd’hui, c’est une signature. Demain, ce sera peut-être une ligne de plus sur votre facture.

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Sources : Numerama, iGeneration, Tom’s Guide, Ariase, EDCOM, Le Monde