La brosse à dents Dyson à 479€ qui filme l’intérieur de ta bouche : gadget génial ou piège à consommables ?

[Mise à jour #98]

Le géant britannique de l’électroménager haut de gamme a dévoilé hier sa toute première brosse à dents, baptisée CameraJet, marquant son entrée dans un nouveau secteur après des décennies passées sur les aspirateurs, les sèche-cheveux et les purificateurs d’air. Vendu 479 euros, l’objet embarque directement dans sa tête une caméra miniature — une configuration que le fabricant présente comme une première sur ce type de produit.

Comment ça marche : une caméra qui pilote un jet de bain de bouche

Sous les poils de la brosse se cache le vrai cœur du système : un petit capteur d’à peine 100 000 pixels, épaulé par un éclairage LED qui clignote en synchronisation avec les prises de vue. Ce dispositif capture le déroulement du brossage en continu, à raison d’une trentaine d’images chaque seconde. C’est ensuite un algorithme maison qui prend le relais : Dyson explique l’avoir nourri de près d’un demi-million de photographies de dentitions différentes, et avoir bâti l’ensemble du système sur plusieurs millions de lignes de code, dans le but de reconnaître, quasiment à l’instant où elle apparaît à l’écran, une zone interdentaire mal nettoyée. Une fois cette détection faite, la réaction est quasi immédiate : en un dixième de seconde à peine, l’appareil expulse un peu de bain de bouche vers la zone repérée. Contrairement à un hydropulseur traditionnel, qui mise sur un filet d’eau très fin et concentré, Dyson a choisi de diffuser son liquide en cône, une géométrie qui permettrait, selon la marque, d’atteindre l’espace visé sans avoir besoin d’une pression aussi forte. Le fabricant précise par ailleurs que l’analyse des images se déroule intégralement sur l’appareil lui-même, sans transiter par un serveur externe.

Les résultats promis, à nuancer un peu

Le fabricant met en avant des chiffres impressionnants : jusqu’à 58% de plaque en moins comparé à une brosse manuelle, et une efficacité jusqu’à 13 fois supérieure sur la santé des gencives. Un détail mérite cependant d’être noté avant de s’enthousiasmer : ces performances ont été mesurées lors d’essais menés spécifiquement avec le bain de bouche à faible mousse commercialisé par Dyson lui-même, pas avec n’importe quel produit d’entretien déjà présent dans une salle de bain — et la comparaison de référence reste une brosse manuelle, pas nécessairement une bonne brosse électrique classique déjà performante. Le pack de lancement comprend la brosse, deux têtes de rechange, une station d’accueil dont Dyson annonce qu’elle peut faire le plein du petit réservoir d’eau de l’appareil en l’espace de quelques secondes, ainsi qu’un étui de voyage.

Le vrai coût se cache dans les consommables

Le prix d’achat n’est que la première marche. Une fois la CameraJet en main, le budget régulier grimpe vite : autour d’une dizaine d’euros pour chaque tube de dentifrice maison, et un montant comparable pour chaque flacon de bain de bouche propriétaire — celui-là même qui a servi aux tests cliniques évoqués plus haut. Plusieurs observateurs du secteur ont d’ailleurs relevé que ce système de consommables dédiés revient de fait à transformer un simple achat ponctuel en dépense récurrente, un peu comme un abonnement déguisé. À titre de comparaison, ce tarif de lancement dépasse largement, et de loin, celui d’une très bonne brosse à dents électrique classique déjà disponible sur le marché.

Une caméra dans la bouche : la question qu’il faut quand même poser

L’application compagnon MyDyson donne accès à un visionnage en direct de ce que capte la caméra pendant le brossage, un usage qui rapproche l’appareil d’un petit outil d’observation médicale miniature. Dyson affirme de son côté qu’aucune de ces images n’est conservée après coup. C’est une garantie rassurante sur le papier, mais elle repose pour l’instant uniquement sur la parole du fabricant, sans qu’aucun audit indépendant n’ait encore pu la confirmer publiquement — un point qui mérite d’être suivi avec la même vigilance qu’on appliquerait à n’importe quel autre objet connecté équipé d’une caméra à la maison.

Ce qu’il faut retenir

Sur le plan technique, la CameraJet illustre un vrai travail d’ingénierie : combiner une caméra miniature, une IA d’analyse en temps réel et un système de projection ciblée dans un objet de la taille d’une brosse à dents n’a rien d’anodin, et le raisonnement derrière — voir les espaces interdentaires, agir dessus automatiquement, améliorer la précision du geste — répond à un vrai problème d’hygiène bucco-dentaire mal résolu par les brosses classiques.

Reste que le calcul économique complet dépasse largement le prix affiché en vitrine. Entre un tarif de lancement bien supérieur à une bonne alternative électrique, des consommables propriétaires qui s’ajoutent chaque mois, et une promesse de confidentialité sur les images captées qui reste, pour l’instant, invérifiable de l’extérieur, la CameraJet ressemble moins à un simple achat d’hygiène qu’à un abonnement déguisé en objet premium. De quoi réfléchir à deux fois avant de la glisser dans son gobelet de salle de bain.

Sources : Generation-NT, “CameraJet : Dyson lance une brosse à dents avec caméra intégrée” — Journal du Geek, “Dyson lance une brosse à dents avec caméra embarquée, un vrai concentré de technologie” — Blog Nouvelles Technologies, “Dyson CameraJet : la brosse à dents intelligente avec caméra et IA” — Labo Maison, “Dyson CameraJet : une brosse à dents avec caméra, IA et jet” — VGTimes, “Dyson lance la brosse à dents CameraJet avec caméra et IA” — Le Barboteur, “Dyson lance la brosse à dents connectée CameraJet” — Les Numériques, “Dyson CameraJet : décryptage des technologies folles d’une brosse à dents hors norme à 479 €”

Level 50, la mise à jour pour rester connecté.