Cette nouvelle règle sur les distributeurs de billets vous concerne bien plus que vous ne le pensez

[Mise à jour #126]

Depuis le 28 juin 2025, une directive européenne un peu passée sous les radars a discrètement transformé les distributeurs de billets en France. On en a peu parlé parce que ça ressemble, sur le papier, à une histoire de conformité réglementaire pour personnes handicapées. Sauf que ce que cette règle impose concrètement — plus gros, plus lisible, plus vocal, plus lent si besoin — touche directement une bonne partie d’entre nous à mesure que les années passent, handicap reconnu ou non.

Ce que dit vraiment la directive

La règle s’appelle l’European Accessibility Act, la directive (UE) 2019/882. Elle harmonise, pour la première fois à cette échelle, les exigences d’accessibilité d’une longue liste de produits et services du quotidien : ordinateurs, smartphones, liseuses, télévision connectée, billetterie de transport… et distributeurs de billets. Concrètement, pour un DAB, la liste des nouvelles obligations est précise : la machine doit pouvoir énoncer ses instructions à voix haute, accepter qu’on y branche son propre casque, permettre de renforcer les contrastes et d’agrandir le texte affiché, offrir des touches identifiables au toucher, et surtout, dès qu’une opération est chronométrée, prévenir par plusieurs canaux à la fois (son et image) tout en laissant la possibilité de demander un délai supplémentaire.

Les distributeurs déjà en service avant le 28 juin 2025 ne sont pas retirés du jour au lendemain — la Fédération bancaire française confirme que la majorité des automates récents sont déjà conformes, et les anciens modèles peuvent rester en service jusqu’à la fin de leur cycle de vie, avec une échéance butoir fixée à 2030. Mais chaque nouveau distributeur installé désormais doit respecter ces règles.

Une règle pensée pour le handicap, qui sert bien plus large

Le texte européen parle de « personnes en situation de handicap » — un public estimé à environ 87 millions de personnes dans l’Union selon l’association européenne des malvoyants (EBU), une autre étude citant même 101 millions dès 2023 selon la définition retenue. Mais dans les faits, ce que la directive impose ressemble à un inventaire assez précis des petits désagréments qui s’accumulent avec l’âge : lire un écran de plus en plus petit devient fatigant, entendre un bip d’alerte dans un hall de banque bruyant devient plus difficile, taper un code rapidement sous pression devient plus stressant. Rien de tout ça n’exige d’être officiellement reconnu handicapé pour en bénéficier. Une option de contraste plus fort ou un délai de réponse rallongé profite à quiconque a, un jour ou l’autre, pesté devant un distributeur qui se fige trop vite.

Le vrai sujet derrière : la France retire ses distributeurs, pas seulement ses vieux modèles

Cette montée en accessibilité arrive dans un contexte particulier : le réseau de DAB français rétrécit, et pas qu’un peu. En six ans, le pays a perdu environ un distributeur sur sept, les banques jugeant leur entretien trop coûteux à mesure que le cash recule dans les habitudes de paiement : à peine un cinquième des dépenses courantes se réglaient encore en espèces en 2024, contre un tiers douze ans plus tôt. Résultat : plutôt que de maintenir chacune son propre parc de machines, les grandes banques françaises se regroupent de plus en plus autour de distributeurs communs, mutualisés entre plusieurs enseignes. Pour compenser la disparition des DAB dans les zones les moins denses, le cashback chez les commerçants prend le relais, avec un plafond actuel de 60 euros qu’une proposition de loi souhaite porter à 150 euros.

Le vrai sujet derrière : la France retire ses distributeurs, pas seulement ses vieux modèles

Cette montée en accessibilité arrive dans un contexte particulier : le réseau de DAB français rétrécit, et pas qu’un peu. En six ans, le pays a perdu environ un distributeur sur sept, les banques jugeant leur entretien trop coûteux à mesure que le cash recule dans les habitudes de paiement : à peine un cinquième des dépenses courantes se réglaient encore en espèces en 2024, contre un tiers douze ans plus tôt. Résultat : plutôt que de maintenir chacune son propre parc de machines, les grandes banques françaises se regroupent de plus en plus autour de distributeurs communs, mutualisés entre plusieurs enseignes. Pour compenser la disparition des DAB dans les zones les moins denses, le cashback chez les commerçants prend le relais, avec un plafond actuel de 60 euros qu’une proposition de loi souhaite porter à 150 euros.

Sources : Presse-citron, « Distributeur : cette règle très peu connue est obligatoire dans toutes les banques françaises dès maintenant » — JournalDeL’Économie, « Distributeurs de billets en France : cette règle peu connue est désormais obligatoire dans toutes les banques » — JournalDeL’Économie, « Retraits d’argent en 2026 : ces nouvelles règles qui pourraient vous coûter cher » — economie.gouv.fr / DGCCRF, « La nouvelle directive européenne ‘Accessibilité’ pour des produits et des services accessibles aux personnes en situation de handicap » — Okeenea, « European Accessibility Act (EAA) — Compliance for Automated Teller Machines (ATMs) » — European Blind Union (EBU), « Wake up call for the European Accessibility Act to become a reality for consumers with a visual impairment » — Two Birds, infographie « European Accessibility Act » (Irlande)