[Mise à jour #155]
« Plus de 57 000 emplois supprimés depuis 2022 » : le chiffre circule, notamment via JV.com, à partir du tracker de l’ASGC, créé par Amir Satvat (ancien de Tencent Games, associé chez 1Up Ventures, selon Inven Global). L’ordre de grandeur tient. Le détail est plus fragile : le total mêle licenciements confirmés et projection jusqu’à fin 2026, et il ne dit pas si l’industrie recule ou se déplace. La réponse est moins spectaculaire, et plus dure pour ceux qui cherchent du travail.

Ce que contient le chiffre
Le tracker affiche 8 500 suppressions de postes en 2022, 10 500 en 2023, un record de 15 631 en 2024, puis 9 197 en 2025. En 2026, 10 977 sont confirmées au 20 octobre et la projection annuelle est redescendue à 13 077, d’où un cumul de 56 905 sur cinq ans. Le 57 640 de JV.com datait du 10 octobre, selon Inven Global. La prévision a beaucoup bougé : 8 025 en janvier, 14 259 en juillet, puis un repli à l’automne. D’après GodisaGeek, qui décrit la méthode, les totaux additionnent des coupes annoncées publiquement, des réductions non publiques, des pertes d’emploi annoncées pour plus tard et des prévisions statistiques. Si l’on additionne les années passées et les licenciements 2026 confirmés, on obtient environ 54 800 : c’est ce qui est établi, le reste est estimé.

2026 : quelques géants font le chiffre
Les licenciements confirmés de 2026 ont déjà dépassé le total de 2025, et cinq opérations concentrent plus de la moitié des personnes touchées. Xbox a annoncé en juillet 3 200 suppressions dans une réorganisation de la division, la moitié immédiatement et le reste sur un an. Epic Games a supprimé plus de 1 000 postes en mars, en évoquant notamment une baisse de fréquentation de Fortnite d’après Wikipédia. Electronic Arts, repris pour 55 milliards de dollars par un consortium mené par le fonds PIF, aurait supprimé 400 postes et fermé BioWare cet été. Bungie (Sony) perdrait environ 300 postes en juin, et Ubisoft a enchaîné trois vagues. Le 26 octobre, Microsoft a ajouté un programme de départs volontaires dont jeuxvideo.com chiffre la portée à 60 000 salariés ; son effet sur Xbox et sur le tracker reste à préciser.

Un déplacement plus qu’un effondrement
D’après les estimations de Satvat, relayées par GamesBeat, l’emploi mondial du secteur serait passé de 750 000 à 754 000 postes entre 2022 et 2026 (+0,6 %) : environ 48 000 postes supprimés (une estimation distincte du tracker), compensés par quelque 52 500 recrutements. La carte a changé : l’emploi nord-américain a reculé de 11,5 %, et des postes ont migré vers l’Europe et l’Asie. Pour Satvat, l’industrie ne s’est « pas effondrée » mais « redistribuée » (traduction). Notebookcheck note que Nintendo, Capcom et Konami ont largement évité la vague, et avance trois explications : des équipes plus petites, des projets plus prudents et des rémunérations de dirigeants modestes. Pour les candidats, le marché reste bouché : environ cinq postulants par embauche dans le monde et onze en Amérique du Nord, selon Satvat, alors que les formations continuent de produire des diplômés. L’enquête de la GDC (plus de 2 300 réponses, auto-déclarées) relève que 28 % des professionnels ont été licenciés en deux ans, 33 % aux États-Unis, et que 52 % jugent l’IA générative néfaste pour le secteur contre 7 % qui lui voient un effet positif.

En France, le cas Ubisoft
Ubisoft, premier employeur du secteur selon Wikipédia (16 590 salariés), traverse une crise que L’Essentiel de l’éco juge sans précédent depuis sa fondation. Après un communiqué du 22 janvier annonçant six jeux arrêtés, sept reportés et des fermetures de studios, le groupe a lancé une rupture conventionnelle collective pouvant concerner jusqu’à 200 postes à Saint-Mandé, puis fermé les sites de Halifax, Stockholm, Winnipeg et Belgrade. Parmi les projets enterrés, Mac4ever cite le remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps. La grève du 10 au 12 février a rassemblé 1 200 salariés d’après les syndicats, 538 selon la direction, pour environ 4 000 employés en France. Le STJV estimait en mai que plus de 1 000 emplois étaient supprimés ou menacés dans le secteur, en citant des plans sociaux chez Cyanide, Kylotonn, Nacon, Quantic Dream et Eden Games. Les joueurs en voient les effets dans les annulations, celles d’Ubisoft mais aussi un MMO Le Seigneur des Anneaux chez Amazon, d’après jeuxvideo.com.

Ce qu’il faut retenir
Le « 57 000 » est un ordre de grandeur sérieux, pas un décompte : environ 55 000 postes confirmés, le reste projeté. Le secteur ne s’effondre pas, il se concentre et se déplace, et recrute au ralenti alors que les candidats affluent. Les coupes se concentrent chez quelques groupes, ce qui rend le bilan sensible à un seul plan social. Verdict : la vraie crise n’est pas la disparition de l’industrie, c’est la porte qui se referme pour ceux qui veulent y entrer et la fragilité de ceux qui y travaillent. Pour les joueurs, cela se voit déjà en jeux annulés et en studios fermés, pas encore en fin du jeu vidéo.
Sources : ASGC Games Industry Layoffs Tracker (layoffs.asgc.gg, mises à jour des 20 et 27 octobre 2026, lues via extraits) — GamesBeat, « Global gaming’s workforce grew 0.6% in 4 years, but North America’s shrank 11.5% | Amir Satvat » (avril 2026) — GamesBeat, « Game industry layoffs projected to hit 14,259 in 2026 | Amir Satvat » (juillet 2026) — GamesBeat, « The game industry’s 2026 starts rough with 32 layoffs affecting 2,015 jobs | Amir Satvat » (janvier 2026) — GodisaGeek, « Games Industry Layoffs Forecast Rises 78% to 14,259 in 2026 » (juillet 2026) — Inven Global, « Five Years Post-Pandemic, 57,000 Games Industry Jobs Have Vanished » (octobre 2026) — Notebookcheck, « Gaming industry faces its worst crash in decades — but Japan is dodging the bullet » (septembre 2026) — RTBF, « Jeux vidéo : plus de 14.000 licenciements estimés pour la fin de l’année 2026 » (juillet 2026) — jeuxvideo.com, « Jeux vidéo, la catastrophe 2026 : voici la liste de tous les jeux annulés et de tous les studios fermés cette année » et « Grand coup de balai chez Microsoft : un tiers de la masse salariale s’est vu offrir une offre de départ volontaire » (octobre 2026) — Wikipédia, « 2026 in video games » et « List of largest video game employers » — Wikipédia (français), « Vagues de licenciements collectifs dans l’industrie du jeu vidéo (2022-) » — Mac4ever, « Grève chez Ubisoft : 1 200 salariés mobilisés » (février 2026) — L’Essentiel de l’éco, « Ubisoft, le jeu vidéo à la française au bord du gouffre » (2026) — XboxYgen, « Hécatombe du jeu vidéo en France : le STJV alerte et appelle à la grève » (26 mai 2026) — KultureGeek, « Ubisoft veut supprimer jusqu’à près de 5 % de ses effectifs français » (27 janvier 2026) — Journal du Geek, « Ubisoft ne s’arrête plus et sonne le glas de 200 emplois en France » (27 janvier 2026) — Games.gg, « Ubisoft fermerait deux studios et licencierait 380 personnes » (11 juin 2026) — GDC (gdconf.com), « GDC 2026 State of the Game Industry Reveals Impact of Layoffs, Generative AI, and More » (2026), avec les synthèses de GamesBeat et d’ActuGaming — JV.com, publication sur le chiffre de 57 000 postes supprimés (capture Instagram, octobre 2026)

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