Un stéthoscope à IA pour la pharmacie familiale : ce que valent vraiment les promesses de Withings

[Mise à jour #132]

Depuis le 1er octobre, un appareil de santé français apprend à interpréter ce qu’il écoute. Withings, installée à Issy-les-Moulineaux, a ajouté à son multiscope BeamO un service baptisé StethO Sense : une IA qui examine, depuis chez soi, les enregistrements du cœur et des poumons réalisés avec l’appareil. L’entreprise vise notamment les parents d’enfants qui toussent ou respirent mal, et les personnes dont on surveille un souffle au cœur. Reste à savoir ce que vaut cette promesse, et ce qu’elle coûte.

Ce que fait StethO Sense

Le BeamO est un appareil de poche qui fait office de thermomètre, d’oxymètre, d’électrocardiographe à une seule dérivation et de stéthoscope électronique. La nouveauté tient à l’analyse automatique : auparavant, il capturait les sons et laissait à l’utilisateur, ou à son médecin, le soin de les interpréter. L’application indique où poser le boîtier : quatre emplacements pour le cœur, jusqu’à huit pour les poumons.

Le service s’appuie sur deux logiciels d’IA conçus par des sociétés spécialisées. Celui d’eMurmur s’occupe du cœur : il conclut à « rien à signaler », à un souffle probablement inoffensif ou à un souffle suspect, et affiche le pouls avec un indice de confiance. Celui de StethoMe écoute les poumons, détecte crépitements, sifflements et ronchi, et calcule la fréquence respiratoire. Withings précise que l’analyse n’est pas un diagnostic : elle sert de repère entre deux consultations et ne remplace pas le médecin.

Ce que disent les études, et ce qu’elles ne disent pas

Pour le cœur, Withings avance environ 90 %, à la fois pour repérer les souffles pathologiques et pour écarter les autres, et l’attribue à plusieurs études cliniques. De son côté, eMurmur met en avant sur son site des travaux publiés, dont une validation parue dans Pediatric Cardiology : son algorithme a analysé 3 180 enregistrements issus d’une base de l’université Johns Hopkins, sans connaître les diagnostics. Ces chiffres sont ceux des entreprises, et ils n’ont pas été recoupés avec les publications elles-mêmes dans les sources consultées.

Pour les poumons, les preuves sont plus nombreuses. En 2020, une équipe a fait analyser par l’algorithme StethoMe 192 enregistrements d’enfants, réalisés avec deux stéthoscopes numériques différents. Dans une étude publiée par la revue Respiratory Research, elle juge les résultats encourageants, au niveau de ce que livrent beaucoup de cliniciens en pratique courante, et la présente comme une validation indépendante. Fin 2023, les Annals of Family Medicine ont publié un suivi de six mois auprès de 149 asthmatiques, dont 90 enfants, équipés à domicile d’un stéthoscope StethoMe. Chez les jeunes enfants, l’intensité des sifflements est le meilleur indice d’une crise : son score de discrimination atteint 84 % (100 % serait parfait, 50 % équivaut au hasard). Les auteurs y voient un outil utile pour suivre l’asthme à la maison, surtout avant cinq ans. Chez les adultes, ce sont pourtant les réponses à un questionnaire de symptômes qui discriminent le mieux (92 %).

Ces travaux ont des limites. Ils reposent sur l’appareil de StethoMe ou sur d’autres stéthoscopes numériques, jamais sur le BeamO, et la première étude relève que les résultats varient un peu selon l’appareil utilisé. Dans les sources consultées, aucune évaluation indépendante n’a mesuré l’IA sur le boîtier de Withings, ni auprès d’utilisateurs non formés. Côté tests, Level Tech jugeait, avant l’arrivée de l’analyse IA, les mesures de température, d’ECG et d’oxymétrie fiables, mais la fonction stéthoscope encore perfectible.

Ce que ça coûte vraiment

Le BeamO coûte 249,95 €. L’analyse IA, elle, n’est pas comprise : StethO Sense n’existe que dans l’abonnement Withings+, facturé 9,95 € par mois ou 99,50 € par an, avec un mois d’essai pour les nouveaux acheteurs. Avec la formule annuelle, la première année revient à environ 350 €. Cet abonnement ouvre aussi d’autres services, dont Cardio Check-Up, un avis de cardiologue. Une déclinaison BeamO Pro est annoncée pour les soignants, par exemple en Ehpad ou en établissement de soins.

À qui ça peut servir, et pour qui ça peut devenir un piège

L’usage le plus solide est celui d’une situation déjà connue : un enfant asthmatique dont on suit les crises avec son médecin, ou un souffle cardiaque repéré en consultation et surveillé dans le temps. Dans ce cadre, des enregistrements réguliers, un export à partager avec le soignant et un indicateur de tendance ont une vraie valeur.

Le risque est d’en faire un outil de réassurance. Prenons un parent inquiet qui, à deux heures du matin, enregistre la poitrine de son enfant et lit « rien à signaler » : il peut en conclure que tout va bien. Or une IA dont la fiabilité auprès d’un utilisateur non formé n’est pas démontrée n’est pas la bonne juge de cette décision. À l’inverse, un résultat « anormal » à la maison peut déclencher une angoisse que seule une consultation dissipera.

Ce qu’il faut retenir

Withings tient une idée séduisante, mais la preuve est incomplète. Les algorithmes ont fait leurs preuves en conditions cliniques ou semi-cliniques, avec d’autres appareils. Personne n’a encore démontré, dans les sources consultées, ce que donne l’ensemble : boîtier BeamO, utilisateur non formé, salon à minuit. Le prix pèse aussi : environ 350 € la première année, pour une fonction que le seul test consulté jugeait perfectible.

Ce stéthoscope est un bon outil de suivi pour une situation déjà connue et validée avec un médecin. Ce n’est ni un outil de dépistage ni un outil de réassurance, et Withings le dit lui-même à demi-mot. Si un enfant respire mal ou si une douleur thoracique inquiète, c’est le médecin qu’on appelle, pas l’application.

Sources : Journal du Geek, « Withings : BeamO écoute désormais le cœur et les poumons avec l’aide de l’IA » — Mac4ever, « Withings BeamO va pouvoir surveiller le cœur et les poumons à domicile » — Blog Nouvelles Technologies, « Withings StethO Sense transforme BeamO en stéthoscope assisté par IA pour toute la famille » — LaboMaison, « Asthme, bronchite, souffles… Withings s’attaque aux bruits cardiaques et pulmonaires » — Winkco, « Withings StethO Sense : le BeamO se met à l’écoute » — PresseAgence, « Issy-les-Moulineaux : Santé connectée – Withings lance l’analyse par IA des bruits cardiaques et pulmonaires à domicile » — ActualitesJeuxVideo.fr, « IFA 2026 : Withings BeamO, analysez les sons cardiaques et pulmonaires avec StethO Sense » — Withings, newsroom (communiqués 2026) — eMurmur, page « AI publications » — Annals of Family Medicine (via PubMed), « Home Monitoring of Asthma Exacerbations in Children and Adults With Use of an AI-Aided Stethoscope » — Respiratory Research (via PMC), « Artificial intelligence accuracy in detecting pathological breath sounds in children using digital stethoscopes » — Level Tech, « Test Withings BeamO : l’outil santé 4-en-1 pour la maison » — Notebookcheck, « Withings BeamO: Multifunctional health tracking device now available in US »

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