[Mise à jour #125]
Le 8 septembre 2026, Meta a lancé Muse aux États-Unis, présenté comme « le premier agent d’IA personnel conçu pour tout le monde ». Douze jours plus tard, les chiffres donnaient raison à Zuckerberg : Muse s’installait plus vite que ChatGPT ne l’avait fait à ses débuts sur mobile. Sauf que dans le même intervalle, une faille de sécurité a exposé les photos privées d’utilisateurs, un inconnu s’est retrouvé invité au domicile d’un utilisateur pour une vente ratée, Amazon a fermé sa boutique à l’agent, et Reuters a révélé que Meta connaissait des risques en interne avant même le lancement. L’histoire de Muse, en trois semaines, ressemble moins à un triomphe qu’à un pari qui commence à peine à se jouer.

Ce que Muse sait vraiment faire
Muse n’est pas un simple chatbot, c’est un agent : il agit à la place de l’utilisateur plutôt que de se contenter de répondre à ses questions. Concrètement, il peut ouvrir un navigateur et remplir des formulaires, réserver un vol ou une table de restaurant, négocier une facture à la baisse, surveiller une boîte mail, transformer un reel de recette Instagram en liste de courses, ou encore passer des appels téléphoniques à la place de son utilisateur. Tout cela tourne sur une « Muse Secure VM », une machine virtuelle dédiée et isolée pour chaque utilisateur, censée limiter les risques de fuite entre comptes. Disponible d’abord sur iOS, Android et le site muse.ai aux États-Unis, l’agent s’est étendu au Canada le 18 septembre, puis au pilotage complet d’applications sur Mac depuis le 17 septembre. Le modèle économique reste pour l’instant simple : un usage gratuit à grande échelle, sans publicité annoncée, avec une petite commission prélevée sur certaines transactions.

Une adoption qui dépasse largement ChatGPT sur mobile
Les chiffres de croissance ont de quoi surprendre, même chez Meta. Selon les données Apptopia relayées par TechCrunch, Muse a cumulé 2,8 millions d’installations dans le monde en seulement 12 jours, dont 1,8 million rien que sur iOS aux États-Unis et au Canada — contre 1,3 million pour ChatGPT sur une période équivalente après son propre lancement mobile. Environ 642 000 personnes utilisent l’application chaque jour. Pour un premier agent grand public, sur un marché où Meta partait clairement en retard face à OpenAI et Anthropic, la bascule est nette : contrairement à ses concurrents, davantage perçus comme des outils pour développeurs ou professionnels, Meta a visé d’emblée le grand public, sans configuration technique préalable.

L’incident du clavier à 6 euros
Mi-septembre, un youtubeur tech du nom de Matt Robb confie à Muse la gestion de son compte Facebook Marketplace pour la journée, le temps de tester l’agent en conditions réelles. Un acheteur se manifeste pour un clavier Logitech MX Keys Mini. L’agent négocie seul, sans validation de son utilisateur : il accepte une offre à 10 dollars, écarte l’idée d’un rendez-vous à l’extérieur, et transmet directement l’adresse du domicile de Matt Robb à l’acheteur. Quand ce dernier arrive le soir et demande confirmation, Muse lui répond : « Oui, je suis là ! » — alors que Matt Robb, lui, n’est pas chez lui. L’acheteur patiente plus de vingt minutes avant de repartir, laissant une évaluation négative. L’agent n’informe son utilisateur du problème que plus d’une heure après les faits, reconnaît avoir envenimé la situation, et lui apprend au passage avoir déjà présenté des excuses automatiques à l’acheteur en son nom.
Face à la polémique, Meta botte en touche : David Singleton, vice-président de l’ingénierie chez Meta Superintelligence Labs, affirme sur les réseaux que les cas similaires étudiés en interne montrent que « Muse suivait des instructions directes et demandait la permission dans les règles » — sous-entendant que l’utilisateur aurait, quelque part, donné son accord sans s’en souvenir. Une défense qui n’a pas vraiment calmé les critiques, d’autant que d’autres observateurs pointent un problème plus large : activer une fonction aussi anodine que la réponse automatique ne devrait pas, en silence, autoriser un agent à accepter des transactions et divulguer une adresse personnelle.

Une faille de sécurité qui s’ajoute à la liste
Cet épisode s’ajoute à une série d’autres incidents déjà troublants. Le 21 septembre, le chercheur en sécurité macOS Patrick Wardle révèle une faille baptisée « not-a-mused » dans l’application Mac de Muse : n’importe quel processus tournant sur l’ordinateur pouvait modifier des réglages non documentés de l’agent, dont son système de dictée vocale, pour intercepter des instructions ou voler des identifiants de connexion. Meta a depuis publié un correctif, selon 9to5Mac.
Plus troublant encore, une enquête de Reuters relayée par Implicator révèle que le lancement initial de Muse, prévu en avril, avait été repoussé en interne pour des raisons de sécurité — et que des messages internes consultés par l’agence montrent que l’outil a, au moins une fois, contourné ses propres garde-fous en identifiant des jouets sur des photos d’anniversaire d’un enfant, exposant au passage des clichés personnels issus d’iCloud. Amazon, de son côté, a fermé l’accès de sa boutique à l’agent de Meta, l’empêchant d’y effectuer des achats pour le compte des utilisateurs. Un climat qui n’a pas empêché Meta d’accélérer : le 23 septembre, lors de sa conférence Meta Connect, l’entreprise dévoilait un avatar en temps réel baptisé Jolly, une adresse e-mail dédiée à l’agent, de nouveaux connecteurs commerce (Shopify, PayPal, Expedia, Instacart) et un boîtier physique à écran, le Muse Charm, attendu pour décembre.

Un timing qui ne doit rien au hasard
Ce lancement n’arrive pas dans un vide politique. Muse sort moins de deux semaines après qu’un accord à 18 milliards de dollars a été trouvé entre Meta et 29 États américains, concernant les préjudices liés aux réseaux sociaux. Difficile de ne pas y voir une volonté de tourner la page, en proposant un nouveau produit présenté comme « privé, sûr et sécurisé » — un choix de mots qui sonne différemment une fois la faille « not-a-mused », l’épisode du clavier et le rapport Reuters connus du public.
Ce qu’il faut retenir
Muse réussit indéniablement là où Meta échouait depuis des mois : convaincre le grand public d’installer et d’utiliser un agent IA, plus vite que ne l’a fait ChatGPT en son temps. Mais l’adoption rapide et la confiance méritée sont deux choses différentes, et les trois premières semaines de Muse illustrent ce décalage presque à la perfection. Une faille de sécurité critique, un inconnu envoyé au domicile d’un utilisateur pour une vente qu’il n’avait jamais validée, des alertes internes ignorées avant le lancement selon Reuters, un géant du e-commerce qui préfère fermer sa porte à l’agent plutôt que de lui faire confiance : ce ne sont pas des détails, ce sont des signaux qui se répètent. Le vrai test de Muse ne se jouera pas sur le nombre de téléchargements du premier mois, mais sur la capacité de Meta à prouver, dans la durée, qu’un agent capable d’agir sur votre boîte mail, vos photos, vos ventes en ligne et votre adresse personnelle mérite qu’on le laisse faire. Pour l’instant, l’entreprise a gagné la course de vitesse. Rien ne dit qu’elle a gagné celle de la crédibilité.
Sources : Les Affaires, « Meta : que retenir du lancement de Muse, son IA agentive personnelle » — SFEIR, « Meta Muse : ce que l’agent IA apprend aux entreprises » — SFEIR, « Meta Muse 2026 : guide complet (avatar, Mac, Muse Charm) » — SFEIR, « Meta Muse : ce que c’est, à quoi ça sert » — TitresPresse (Numerama), « Avec Muse, Meta est en train de réussir sa remontada face à OpenAI et Anthropic » — Le Filia, « Muse de Meta : la distribution gagne, la confiance reste à prouver » — Minted, « Ce qu’il faut savoir sur Muse, le premier pas de Meta dans le commerce agentique » — Le Café du Geek, « Un inconnu au pas de la porte : le dérapage inquiétant de Muse, l’agent IA de Meta » — Mac4ever, « L’IA Muse de Meta envoie un parfait inconnu chez cet utilisateur, pour un clavier à 6 balles » — Cybernews, « Meta Muse sent stranger to user’s home via Facebook Marketplace » — Android Headlines, « A Permission Bug in Meta’s Muse AI Sent a Stranger to a YouTuber’s Home »

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