[Mise à jour #109]
Une dépêche AFP publiée le 12 septembre, reprise par une dizaine de rédactions européennes, dresse un constat sans détour : un ras-le-bol grandissant s’installe face aux lunettes connectées, régulièrement détournées pour filmer des femmes et des enfants sans qu’ils s’en aperçoivent. Plusieurs voix réclament désormais leur bannissement de certains lieux publics, et quelques-unes vont jusqu’à demander l’interdiction pure et simple de leur commercialisation.

Un gadget technique devenu accessoire de mode
Le principe de ces montures reste globalement le même chez tous les fabricants : une caméra miniature, un micro, un haut-parleur, parfois un affichage directement projeté sur le verre. L’industrie technologique y voit depuis plusieurs années le successeur naturel des montres et bracelets connectés, le prochain objet du quotidien à passer à l’ère « intelligente ». Meta a clairement pris une longueur d’avance sur ce terrain en associant son nom à des marques de lunetterie déjà installées dans le grand public, Ray-Ban en tête, puis Oakley. La marque a même engagé cet été l’influenceuse Kylie Jenner comme égérie, avec à la clé une monture capable de restituer sa voix grâce à un moteur d’intelligence artificielle. Google et Snap, la société derrière Snapchat, avancent eux aussi leurs pions sur ce même marché en pleine croissance.

Des incidents concrets qui alimentent la colère
En France, l’association de protection de l’enfance en ligne e-Enfance a haussé le ton cette semaine, dénonçant une multiplication de séquences humiliantes tournées avec ce type de lunettes puis mises en ligne. D’après elle, une vingtaine de femmes se seraient manifestées auprès du 3018, le numéro national d’écoute contre les violences numériques, pour signaler avoir été filmées à leur insu — l’écrasante majorité des cas impliquant des montures signées Meta. Le mode opératoire décrit est souvent le même : un créateur de contenu cherche volontairement à mettre la personne filmée dans l’embarras ou à provoquer une réaction, avant de publier la séquence sur TikTok, Instagram ou X, exposant du jour au lendemain la victime à des vagues de moqueries et de messages hostiles. Ce type d’abus ne date pas d’hier : dès février 2026, des médias ghanéens et kényans rapportaient qu’un homme d’origine russe aurait filmé, à leur insu et grâce à ce type de lunettes, plusieurs relations intimes avec des femmes, avant de diffuser les enregistrements sur internet. Au Royaume-Uni, la presse leur a d’ailleurs collé une étiquette sans ambiguïté : les « lunettes perverses ».

Les premières réponses qui se dessinent
Face à ces dérives, plusieurs pays commencent à agir concrètement plutôt que de simplement s’indigner. En Norvège, la municipalité d’Oslo a tranché cette semaine : les lunettes à caméra n’ont désormais plus leur place dans l’enceinte des établissements scolaires. À l’échelle nationale, le pays planche même sur une interdiction plus large visant spécifiquement les fonctions de reconnaissance faciale que certains modèles embarquent. Du côté de l’Allemagne, plusieurs piscines municipales, en intérieur comme en plein air, examinent la possibilité d’en proscrire le port dans leurs enceintes. En Suède, la mobilisation prend une tournure plus citoyenne : après une mésaventure vécue par sa compagne, un habitant du nom de Mateusz Pozar a mis en ligne le site BanRay.eu, où n’importe qui peut télécharger gratuitement une affiche prête à imprimer pour signaler l’interdiction de ces lunettes dans un lieu donné. Interrogée sur ces critiques, Meta rappelle de son côté avoir intégré à ses modèles un témoin lumineux censé s’allumer pendant un enregistrement, ainsi que divers verrous techniques pensés pour limiter les prises de vue faites en toute discrétion.

Un contre-exemple français qui montre qu’une autre voie existe
Cette controverse éclaire d’un jour nouveau un choix déjà évoqué ici : les lunettes connectées Magic Connect d’Afflelou, qui misent explicitement sur l’absence totale de caméra et d’intelligence artificielle embarquée. Un choix qui, au moment de son lancement, pouvait presque passer pour un simple argument de différenciation tarifaire face à Meta. À la lumière de cette polémique européenne, il ressemble surtout à un pari de bon sens : proposer un accessoire connecté qui ne pose tout simplement pas la question du consentement à l’image, plutôt que de devoir gérer après coup les dérives d’un outil de captation discret glissé sur le nez de n’importe qui.

Ce qu’il faut retenir
Cette vague de colère ne se limite pas à un simple malaise passager sur les réseaux sociaux : elle se traduit déjà par des mesures concrètes, une interdiction scolaire actée à Oslo, une réflexion réglementaire engagée en Norvège, une mobilisation citoyenne organisée en Suède, pendant que Meta continue au même moment de pousser ces lunettes vers le grand public en misant sur des ambassadeurs comme Kylie Jenner.
Le vrai problème de fond tient à une différence simple avec un smartphone : une caméra dissimulée dans une monture de lunettes reste bien plus difficile à repérer qu’un téléphone brandi pour filmer quelqu’un, ce qui rend l’enregistrement clandestin d’autant plus facile. Le seul garde-fou mis en avant par l’industrie, un petit voyant lumineux, a déjà largement prouvé ses limites face aux témoignages recueillis en France comme ailleurs — et rien, pour l’instant, ne garantit qu’un simple signal visuel suffira à empêcher la prochaine vidéo humiliante de circuler.
Sources : AFP (dépêche du 12 septembre 2026, relayée par Boursorama, Orange, France Guyane, MSN, Yahoo Actualités), « Les dérives des lunettes connectées dans le collimateur des Européens » — France 24, « Les usages ‘pervers’ des lunettes connectées alimentent la colère en Europe » — 21 News (Belgique), « Lunettes connectées : l’Europe veut freiner les vidéos filmées à l’insu des passants » — AllAfrica, « Etre filmé sans le savoir, le risque des lunettes connectées » (précédent Ghana/Kenya, février 2026)

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