Varta dépose le bilan : la face cachée du contrat Apple, quand la firme de Cupertino décide d’aller voir ailleurs.

[Mise à jour #64]

Le 24 juillet 2026, Varta, l’entreprise allemande dont le nom évoque à tous les rayons de piles des supermarchés, a déposé quatre demandes d’insolvabilité devant le tribunal de Stuttgart. Un dépôt de bilan pour un groupe fondé en 1887, qui employait encore plus de 4 000 personnes dans le monde. La cause directe de cette chute : la perte, au printemps 2026, de son client le plus stratégique — Apple.

Ce que fabriquait vraiment Varta pour Apple

Derrière la marque grand public des piles alcalines de supermarché se cachait une activité bien plus discrète et bien plus technique : de minuscules batteries rondes rechargeables au lithium-ion, commercialisées sous le nom CoinPower, qui alimentaient les écouteurs AirPods. Un segment de niche extrêmement pointu où Varta faisait figure de référence mondiale. L’usine de Nördlingen, en Bavière, était presque exclusivement dédiée à cette production.

Ce contrat n’était pas anodin dans l’équilibre du groupe : au printemps 2026, Apple a choisi de ne pas le renouveler, transférant la fabrication vers des fournisseurs asiatiques. Varta poursuivra la production jusqu’à l’automne — novembre selon certaines sources, octobre selon d’autres — avant que le relais ne soit officiellement pris par un fabricant chinois. Environ 350 emplois disparaissent avec la fermeture du site.

Une fragilité qui couvait depuis plusieurs années

Perdre un client, même stratégique, ne suffit généralement pas à faire tomber une entreprise centenaire du jour au lendemain. Le cas Varta est en réalité l’aboutissement d’une fragilité financière ancienne. Le groupe avait déjà tenté un redressement dès l’été 2024, en s’appuyant sur le StaRUG — un dispositif allemand qui autorise une entreprise à restructurer sa dette sans passer par une procédure de faillite classique. Ce plan n’a pas tenu ses promesses : quelques mois plus tard seulement, les résultats de Varta n’atteignaient déjà plus les niveaux attendus par ses partenaires financiers, avec des pertes ayant atteint 64,5 millions d’euros sur l’année précédente.

L’annonce de la perte du contrat Apple a été le déclencheur final. Ses principaux financeurs — la banque allemande Deutsche Bank ainsi que trois fonds d’investissement basés à Londres — ont réclamé le remboursement immédiat de leurs prêts dès qu’ils ont eu connaissance de la situation, précipitant le dépôt de bilan. Les deux actionnaires de Varta, le constructeur automobile Porsche AG et l’homme d’affaires autrichien Michael Tojner, qui avaient repris le groupe lors de la restructuration de 2024, ont refusé d’injecter de nouveaux capitaux pour éviter cette issue.

Ce que ce dépôt de bilan signifie — et ce qu’il ne signifie pas encore

Un dépôt de bilan n’équivaut pas automatiquement à une disparition immédiate de l’entreprise. La procédure d’insolvabilité allemande ouvre la voie à une restructuration, à la recherche de nouveaux financements, ou à un éventuel repreneur pour tout ou partie des activités du groupe. Michael Tojner a d’ailleurs indiqué dans la presse régionale allemande vouloir poursuivre certaines activités de Varta au-delà de cette procédure. Mais l’ampleur de la crise reste réelle : quatre sociétés du groupe sont concernées par la demande, et le site de Nördlingen fermera bel et bien ses portes, quel que soit le sort réservé au reste du groupe.

Ce que cette histoire illustre, ce n’est pas tant la fragilité intrinsèque de Varta que la dépendance structurelle que crée, pour n’importe quel fournisseur, le statut de partenaire privilégié d’Apple. Décrocher un contrat avec la firme de Cupertino représente souvent une opportunité industrielle considérable — des volumes massifs, une exigence de qualité qui pousse à investir lourdement dans des lignes de production ultra-spécialisées, une reconnaissance de marché. Mais cette dépendance a un revers qui se révèle brutalement le jour où Apple décide, pour des raisons de coût ou de stratégie industrielle qui lui appartiennent, d’aller voir ailleurs. Une usine entière, conçue autour des exigences précises d’un seul client, ne se reconvertit pas du jour au lendemain vers un autre débouché.

Ce basculement vers des fournisseurs asiatiques n’est pas propre à Varta : il s’inscrit dans une tendance plus large de la chaîne d’approvisionnement d’Apple, déjà documentée à plusieurs reprises, où la Chine continue de gagner du terrain sur les composants les plus techniques. Pour 350 salariés bavarois, cette bascule géographique n’est plus une abstraction économique — c’est une fermeture d’usine bien réelle, à quelques mois de l’échéance.

Sources : Mac4Ever, « Varta dépose le bilan à cause d’Apple » (25 juillet 2026) — Consomac, « Batteries : Varta perd le contrat des AirPods et dépose le bilan » (26 juillet 2026) — MacGeneration, « Lâché par Apple au profit de la Chine, Varta dépose le bilan » (26 juillet 2026) — Boursorama/AFP, « Batteries : l’allemand Varta dépose le bilan après la perte de son client principal Apple » (24-27 juillet 2026) — AppSystem, « Varta en insolvabilité après la perte d’Apple » — LaboMaison, « Varta dépose le bilan après avoir perdu un contrat stratégique avec Apple »

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