[Mise à jour #47]
Il y a des semaines où l’actualité tech écrit toute seule ses meilleures ironies.
Cette semaine, Apple accuse OpenAI d’avoir organisé le pillage de ses secrets industriels.
Au même moment, Apple demande à un tribunal californien de reconnaître son droit d’utiliser des millions de vidéos YouTube pour entraîner son intelligence artificielle sans rémunérer leurs créateurs.
Même entreprise.
Même semaine.
Deux visions très différentes de la propriété intellectuelle.

Apple accuse OpenAI
Le vendredi 10 juillet 2026, Apple a déposé une plainte devant un tribunal fédéral de San Jose contre OpenAI, sa filiale io Products, et deux anciens cadres Apple aujourd’hui passés chez le concurrent : Tang Tan et Chang Liu.
Tang Tan occupe une place centrale dans cette affaire. Ancien responsable du design produit chez Apple, il a supervisé pendant des années plusieurs produits emblématiques de la marque, dont l’iPhone, l’Apple Watch et les AirPods.
Selon la plainte, il aurait encouragé des salariés Apple sur le point de rejoindre OpenAI à évoquer, lors de leurs entretiens d’embauche, des projets encore confidentiels.
Pire, Apple affirme qu’il leur aurait expliqué comment contourner une procédure interne de sécurité particulièrement sensible.
Chez Apple, lorsqu’un salarié annonce son départ vers un concurrent, il est généralement escorté hors des locaux le jour même afin de limiter son accès aux informations confidentielles pendant son préavis.

Selon Apple, Tang Tan aurait montré comment échapper à cette règle.
Chang Liu est, lui, accusé d’avoir conservé plusieurs appareils internes après son départ d’Apple en 2026 et d’avoir continué à accéder au réseau informatique de l’entreprise.
Le document judiciaire ne fait pas dans la demi-mesure.
Apple y affirme que l’activité hardware d’OpenAI est « pourrie jusqu’à la moelle » par son recours à des secrets industriels détournés.
Une formule tellement inhabituelle chez Apple — davantage connue pour ses communiqués millimétrés que pour ses envolées verbales — qu’elle a immédiatement retenu l’attention de la presse spécialisée.
Le contexte renforce encore ces accusations.
Plus de 400 anciens employés Apple travailleraient aujourd’hui chez OpenAI, dont une trentaine de cadres recrutés au cours des deux dernières années.
Apple reconnaît elle-même qu’il est inévitable que certains détiennent encore des informations sensibles.
Ce qu’elle reproche à OpenAI, c’est d’avoir délibérément cherché à exploiter ces connaissances plutôt que de les écarter.
Un détail intrigue enfin les observateurs.
Jony Ive a cofondé io Products avant son rachat par OpenAI et demeure l’une des figures historiques du design Apple.
Pourtant, son nom n’apparaît nulle part dans la plainte.
Ni comme accusé.
Ni même comme simple mention.
À ce stade, seul Apple connaît la réponse.
Apple demande désormais au tribunal d’interdire toute exploitation de ses secrets industriels, d’ordonner leur restitution et de préserver l’ensemble des preuves.
L’entreprise affirme également avoir envoyé un courrier d’avertissement à OpenAI dès février 2026, resté sans réponse.
OpenAI, par la voix de son porte-parole Drew Pusateri, répond simplement que l’entreprise n’a « aucun intérêt pour les secrets industriels d’autres entreprises ».

Apple devient à son tour l’accusée
Quelques mois plus tôt, en avril 2026, plusieurs créateurs YouTube menés par h3h3Productions, accompagnés des chaînes MrShortGame Golf et Golfholics, déposaient une action collective contre Apple.
Ils accusent l’entreprise d’avoir collecté massivement des millions de vidéos YouTube afin d’entraîner son intelligence artificielle, sans autorisation ni rémunération.
Selon eux, Apple aurait mis en place un système automatisé changeant régulièrement d’adresse IP afin de masquer l’ampleur de cette collecte et d’échapper aux mécanismes de détection de YouTube.
L’un des éléments avancés s’appuie sur les propres publications scientifiques d’Apple.
Elles mentionnent notamment Panda-70M, un immense jeu de données constitué exclusivement de vidéos YouTube et utilisé pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle capables de comprendre le contenu vidéo.
Début juillet 2026, Apple a demandé au juge de rejeter purement et simplement la plainte.
Sa défense tient en une formule qu’elle assume pleinement :
« Pas de mot de passe. Pas de paiement. Pas de verrou. Pas de clé. »
Autrement dit, puisque ces vidéos étaient librement accessibles sur Internet, leur collecte ne constituerait pas une violation du Digital Millennium Copyright Act (DMCA).
Apple ne nie donc pas avoir utilisé ces vidéos.
Elle conteste uniquement le fondement juridique choisi par les plaignants.
Une nuance essentielle.
Reconnaître les faits tout en contestant leur qualification légale.
L’affaire dépasse largement le seul cas d’Apple.
Les mêmes plaignants poursuivent également Meta, Nvidia, ByteDance et Snap.
L’objectif semble clair : obtenir une première décision de justice susceptible de créer une jurisprudence pour toute l’industrie de l’intelligence artificielle.
La décision du tribunal californien est attendue le 6 août 2026.

L’arroseur arrosé
Voilà donc la situation.
Apple accuse OpenAI d’avoir organisé le pillage de ses secrets industriels les plus sensibles.
Dans le même temps, Apple défend devant un autre tribunal son droit d’utiliser, sans rémunération, le travail de créateurs qui n’ont jamais donné leur accord pour entraîner une intelligence artificielle commerciale.
Dans un dossier, Apple est la victime.
Dans l’autre, Apple explique que publier une vidéo librement accessible revient, en pratique, à autoriser son exploitation à grande échelle.
Sur le plan juridique, ces deux affaires reposent sur des fondements totalement différents.
Le droit des secrets industriels et le droit d’auteur n’obéissent pas aux mêmes règles.
Apple est parfaitement en droit de défendre des intérêts différents dans chacun de ces dossiers.
Mais sur le terrain des principes qu’elle choisit de défendre publiquement, le contraste est difficile à ignorer.
La propriété intellectuelle mérite une protection absolue lorsqu’il s’agit de la sienne.
Elle devient beaucoup plus relative lorsqu’elle appartient à d’autres créateurs.

Ce qu’il faut retenir
Ce que je retiens de cette double affaire, ce n’est pas tant l’hypocrisie.
Chaque géant de la tech maîtrise parfaitement cet exercice.
Ce qui me frappe davantage, c’est le timing presque parfait.
La même semaine, Apple explique dans une plainte que le vol de secrets industriels constitue une faute majeure qui mérite une réparation exemplaire.
Et, dans une autre procédure, la même entreprise soutient qu’un contenu publié librement sur Internet peut être aspiré à grande échelle pour entraîner une intelligence artificielle, sans autorisation ni rémunération.
Au fond, cette affaire dépasse largement Apple.
Elle pose une question que toute l’industrie de l’IA devra trancher.
Publier un contenu sur Internet signifie-t-il aussi autoriser les géants technologiques à l’utiliser pour entraîner leurs modèles ?
Si le juge californien répond oui le 6 août prochain, ce ne sera pas seulement une victoire pour Apple.
Ce sera un précédent pour toute l’industrie.
Sources : LeBigData.fr, “Apple attaque OpenAI en justice pour… vol de secrets industriels” (13 juillet 2026) — MacGeneration, “Apple poursuit OpenAI et plusieurs anciens employés de Cupertino pour vol de secrets industriels” (juillet 2026) — BeGeek.fr, “Apple veut empêcher OpenAI de s’emparer des secrets de l’iPhone” (12 juillet 2026) — Plare.fr, “OpenAI contre Apple : réponse à la plainte pour vol de secrets commerciaux” — Le Temps, “Apple attaque OpenAI en justice, accusant l’éditeur de ChatGPT de lui avoir volé des secrets industriels” (13 juillet 2026) — L’Essentiel, “Apple attaque OpenAI en justice pour vol de secrets industriels” (11 juillet 2026) — Developpez.com, “Apple intente un procès contre OpenAI pour vol de secrets d’affaires” — Generation-NT.com, “Apple a-t-il le droit de piller YouTube pour son IA ?” (8 juillet 2026) — Presse-Citron, “Apple a-t-elle « volé » des millions de vidéos YouTube pour son IA ?” — Siècle Digital, “Apple reconnaît avoir utilisé des millions de vidéos YouTube pour entraîner son IA” (6 juillet 2026) et “Des YouTubeurs accusent Apple d’avoir utilisé leurs vidéos pour entraîner son IA” (9 avril 2026) — Next.ink, “Apple accusée d’avoir siphonné YouTube pour son IA” — AppleInsider, “Apple seeks dismissal of YouTube AI training lawsuit” — Clubic, “Apple avoue avoir siphonné des millions de vidéos YouTube, mais se dit dans son droit” — iPhon.fr, “Voici comment Apple aurait piraté YouTube pour construire son IA” (9 avril 2026) — iPhoneAddict.fr, “Apple estime que les vidéos YouTube peuvent être utilisées pour entraîner l’IA”

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