[French Tech #1] : Tornyol : le drone français qui veut éliminer le moustique sans insecticide

Le moustique provoque entre 700 000 et 800 000 décès chaque année, essentiellement via le paludisme, la dengue et le virus du Nil occidental. Face à ce chiffre, l’arsenal disponible n’a pas beaucoup évolué depuis des décennies : sprays chimiques, moustiquaires, bougies à la citronnelle.

Deux ingénieurs français ont peut-être trouvé une nouvelle arme contre le moustique.: un drone qui traque le moustique au son de son battement d’ailes, et l’élimine sans recourir à des insecticides.

D’une idée entre potes au brevet en cours

Alex Toussaint et Clovis Piedallu sont amis de longue date. Le premier bricole des sonars ultrasoniques depuis l’adolescence — il en avait construit l’un de ses premiers modèles à réseau phasé dès 18 ans — avant de rejoindre MBDA Systems, où il travaille sur des systèmes de navigation et de guidage. Le second vient du pilotage de drones.

L’idée de départ, les fondateurs eux-mêmes la qualifient de complètement loufoque au premier abord : et si on construisait un drone capable de tuer des moustiques ?

Un simple calcul griffonné sur un coin de table plus tard, l’équation semblait tenir la route.

Ce qui aurait pu rester une blague de garage a rapidement trouvé des soutiens sérieux. Le duo obtient une bourse de 28 600 dollars (environ 25 000 euros) via la plateforme de financement Manifund, avec parmi les donateurs des noms qui pèsent dans l’écosystème tech, comme le blogueur Scott Alexander ou le cofondateur d’Ethereum Vitalik Buterin.

Ce premier coup de projecteur, amplifié par un passage remarqué sur X, débouche sur une place dans la promotion Fall 2025 de Y Combinator, l’accélérateur californien qui a accompagné Airbnb, Stripe ou Dropbox.

Comment ça marche, concrètement

Le principe technique repose sur des composants presque banals, assemblés de façon ingénieuse.

Le système fonctionne par écholocalisation : des ondes ultrasoniques sont émises depuis la station de base, puis leur écho est capté par un réseau de microphones — le même type de matériel qu’on retrouve dans un capteur de stationnement automobile ou dans un smartphone.

Le système est conçu pour reconnaître la signature acoustique du battement d’ailes d’un moustique et, à terme, la distinguer de celle d’autres insectes afin d’éviter les pollinisateurs.

Une fois la cible repérée et suivie, le drone — 40 grammes, tient dans la main — intercepte le moustique en plein vol et l’élimine directement dans ses hélices.

Pas d’insecticide, pas de piège chimique, pas de lumière UV attirant indistinctement tous les insectes.

Le système est conçu pour fonctionner de manière autonome : la station de base définit une zone de protection sur une carte, le drone décolle, surveille, revient se recharger, puis repart en mission. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

L’ambition dépasse largement le jardin

C’est là que le projet mérite d’être pris au sérieux plutôt que rangé dans la case gadget d’été.

Les fondateurs ne visent pas seulement le marché, confortable mais limité, des terrasses françaises envahies par le moustique tigre.

Leur pari est beaucoup plus ambitieux : avec une poignée de drones déployés sur une petite surface, le coût global de la lutte anti-moustique pourrait chuter drastiquement par rapport aux méthodes actuelles — selon leurs propres estimations.

Si cette promesse se confirme sur le terrain, elle pourrait changer la donne dans des régions où le paludisme reste une cause majeure de mortalité et où les campagnes de démoustication chimiques coûtent cher tout en posant des problèmes environnementaux.

C’est un pari ambitieux, qui reste encore à démontrer à grande échelle.

Pour l’instant, Tornyol en est au stade de la précommande : un dépôt remboursable de 100 dollars donne accès à un tarif de lancement de 50 dollars par mois.

L’entreprise recherche explicitement des « early adopters » prêts à tester les premiers drones opérationnels avant un déploiement plus large, y compris auprès d’entreprises, de gouvernements et d’ONG.

Le verdict

Ce que j’aime dans cette histoire, ce n’est pas seulement l’idée — traquer des moustiques au radar, c’est le genre de concept qui fait sourire avant de faire réfléchir.

C’est surtout la trajectoire : un problème vieux comme l’humanité, abordé avec des composants qu’on trouve dans une voiture de location et un simple calcul griffonné sur un coin de table, plutôt qu’avec un laboratoire pharmaceutique et dix ans de R&D.

C’est exactement l’esprit qu’il faut à la French Tech pour exister face aux géants : ne pas rivaliser milliard contre milliard, mais résoudre un problème réel avec l’ingéniosité que l’on a sous la main.

Reste maintenant à voir si la promesse technique survivra au passage à l’échelle.

Un prototype capable de traquer un moustique dans un jardin test est une chose ; un réseau de drones fiable dans une zone endémique en est une autre.

Mais pour un projet né d’une idée loufoque entre deux amis, le chemin parcouru en quelques mois — de Manifund à Y Combinator — mérite largement qu’on le suive de près.

🇫🇷 Pourquoi Level 50 en parle ?

Parce qu’on parle souvent des géants américains ou chinois. Pourtant, des ingénieurs français développent aussi des technologies capables de résoudre des problèmes mondiaux. C’est exactement l’objectif de French Tech : raconter ces histoires.

Aucun partenariat commercial ni lien d’affiliation dans cet article.

Sources : Tornyol Systems (site officiel) • Y Combinator • Launch YC • CNEWS (10 juillet 2026) • Creapills (9 juillet 2026) • Compte X @tornyolsystems • Compte X @ycombinator