SoftBank pourrait racheter 1X : le robot humanoïde pour la maison, déjà en vente à 20 000 dollars

[Mise à jour #91]

Le géant japonais de l’investissement SoftBank explorerait le rachat d’une participation majoritaire dans 1X Technologies, une entreprise spécialisée dans les robots humanoïdes destinés au foyer. C’est ce qu’a révélé le média spécialisé The Information ce 27 août, avec une valorisation de la startup avoisinant les 6 milliards de dollars pour cette opération. Les deux entreprises concernées gardent le silence pour l’instant, et les discussions, encore en cours, pourraient déboucher sur des conditions différentes de celles évoquées aujourd’hui.

Qui est 1X, et pourquoi son pari diffère des autres

L’histoire de l’entreprise commence en 2014, en Norvège, sous un tout autre nom : Halodi Robotics. Ses premières années sont consacrées à des androïdes pensés pour un usage professionnel, avant qu’un changement de cap ne la conduise à adopter son identité actuelle en 2023. Aujourd’hui installée entre la Norvège et la Californie, l’entreprise bénéficie déjà du soutien financier d’OpenAI, entré à son capital dès 2023 aux côtés de plusieurs autres investisseurs — un intérêt si marqué qu’OpenAI avait même envisagé, l’an dernier, de racheter purement et simplement 1X, avant d’abandonner ce projet. Sous la direction de son fondateur Bernt Øivind Børnich, l’entreprise a fait un choix stratégique qui la distingue nettement de ses concurrents les plus médiatisés : quand d’autres acteurs du secteur concentrent leurs efforts sur les chaînes de production et les entrepôts, 1X construit son offre autour d’un usage résidentiel, chez les particuliers.

NEO, un robot déjà vendu, pas un simple prototype de salon high-tech

Contrairement à beaucoup d’annonces spectaculaires dans ce secteur, le robot domestique de 1X, baptisé NEO, n’en est pas au stade de la démonstration : il est déjà commercialisé aux États-Unis. Sa conception a été pensée pour limiter au maximum les risques d’un usage à proximité d’êtres humains, avec plusieurs couches de protection intégrées au matériel comme aux logiciels de contrôle. Pour se procurer l’appareil, deux options s’offrent aux clients américains : régler la totalité en une fois pour un montant à cinq chiffres, ou opter pour une formule d’abonnement mensuel à quelques centaines de dollars — une manière de rendre le produit accessible sans exiger l’investissement complet d’un coup.

Un retournement révélateur : le robot “maison” file aussi vers l’usine

Un développement récent nuance sérieusement ce positionnement grand public. 1X a conclu un accord avec l’un de ses propres investisseurs, le fonds suédois EQT, pour équiper une grande partie de son portefeuille d’entreprises avec plusieurs milliers d’unités de son robot NEO au cours des prochaines années, en priorité dans les secteurs de la production, du stockage et de la logistique. Autrement dit, l’entreprise qui vend son robot comme un compagnon domestique en trouve pour l’instant un débouché commercial au moins aussi solide du côté industriel. Un signe que le marché grand public, aussi prometteur soit-il sur le papier, n’est peut-être pas encore assez mûr pour porter seul l’activité.

SoftBank, un empire robotique qui se construit pièce par pièce

Cette opération, si elle se confirme, s’inscrirait dans une stratégie bien plus large déjà engagée par SoftBank. L’entreprise a mis la main l’an dernier sur la branche robotique du groupe suisse ABB, pour un montant dépassant les cinq milliards de dollars, une opération dont la conclusion définitive est attendue dans le courant de l’année. SoftBank explore aussi un investissement dans Agile Robots, spécialisée dans la robotique industrielle. En parallèle, le groupe a officialisé cette année un projet d’investissement pouvant atteindre 75 milliards d’euros dans des centres de données en France. Le secteur des robots humanoïdes dans son ensemble vit une flambée d’investissements comparable, avec des valorisations de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour certains concurrents directs de 1X — une dynamique où, selon plusieurs analystes du secteur, les investisseurs semblent avant tout se disputer une place dans un marché encore loin d’avoir trouvé sa forme définitive.

Ce qu’il faut retenir

L’existence même d’un robot humanoïde domestique déjà commercialisé, avec un prix d’achat et un abonnement clairement affichés, marque une vraie bascule : on n’est plus dans la promesse futuriste, mais dans un produit qu’un particulier peut concrètement envisager d’acquérir aujourd’hui aux États-Unis. Ce n’est pas rien pour un secteur longtemps cantonné aux vidéos de démonstration impressionnantes mais sans réel débouché commercial.

Reste une bonne dose de prudence à garder : l’accord SoftBank-1X n’est encore qu’une négociation en cours, pas une transaction actée, et le pivot rapide de 1X vers des clients industriels suggère que même l’entreprise la plus engagée sur le pari du robot domestique n’est pas totalement sûre que ce marché grand public soit prêt à se développer seul, à grande échelle, dans l’immédiat. L’image d’un robot compagnon aux côtés d’un senior dans son salon reste, pour l’instant, davantage un argument marketing qu’une réalité massivement répandue.

Sources : The Information, “SoftBank in Talks to Buy Majority Stake in Humanoid Maker 1X at $6 Billion Valuation” — Reuters (via The Star), “SoftBank in talks to buy stake in 1X at $6 billion valuation, The Information reports” — ANI, “Masayoshi Son-led SoftBank targets majority stake in humanoid robot maker 1X Technologies” — TechStartups, “SoftBank in talks to buy a majority stake in humanoid robot startup 1X at $6 billion valuation” — Presse-Citron, “SoftBank pourrait s’inviter dans votre salon en rachetant 1X, le fabricant de robots humanoïdes pour les tâches ménagères” — TechCrunch, “1X struck a deal to send its ‘home’ humanoids to factories and warehouses” — Startup Fortune, “SoftBank is in early talks to anchor an $800 million round for Agile Robots as the humanoid race enters its capital-intensive phase”

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